2009 TWO SUNS ...POP SPIRITUELLE...
Depuis qu’une nuit, en rêve, un cheval noir s’est présenté à sa fenêtre et lui a confié une mission capitale, Natasha Khan, alias Bat For Lashes, continue sa mutation. Ainsi, faisant suite à l’excellent Fur And Gold dans lequel l’artiste se livrait au jeu dangereux d’explorer d’autres réalités, Two Suns évite tout effet de sample en s’éloignant instinctivement de la féerie déroutante du premier projet. En effet, les temps, comme la jeune femme, ont pas mal changé. La nouvelle tendance est à la dualité et à l’ambivalence. On pourrait même avancer, à la schizophrénie. Car Natasha la brune enfantine n’est plus seule. La voici accompagnée de son double intime, Pearl. Sa sombre face cachée qui n’hésitera pas une seconde à nous faire traverser le miroir. A priori, si le jeu des oppositions est tentant. Reste que l’entrée en scène se doit d’être à la hauteur. A ce sujet, on sera vite rassuré, puisque dès le premier battement de cil, ce sont rythmiques tribales, nappes synthétiques et chant de sibylle équilibriste qui viennent donner le tempo.
S’il y a deux personnalités en chaque être, voire plusieurs, comme le suggère Natasha Khan. Dans l’univers musical de Two Suns, les mondes s’y multiplient également à l’infini. Piano voix ou gospel astral, ode minimaliste ou empruntant sa source à l’imagerie d’un hypothétique Tim Burton, chaque titre palpite, vibre, se dilate, jusqu’à se disperser en autant de moments fertiles. Pour autant, derrière ce véritable chassé-croisé entre femmes que tout oppose et que tout attire, l’album n’est pas aussi complexe qu’il y paraît. Principalement, parce que l’électronique qui l’anime, son instrumentation toute en relief, agissent à la manière d’un charme dès les premières secondes. Comparée à Kate Bush, Björk et accessoirement à Sinéad O’Connor lors de la sortie de son premier album, Natasha Khan ne pouvait se satisfaire d’un second rôle dans lequel on l’avait un peu vite précipité. Grâce à Two Suns, matière aussi fluide qu’organique, la voici qui s’inscrit maintenant à l’égale des sirènes dont le chant magique ouvre un abîme dans chaque parole.
Enregistré au hasard de diverses escales, Two Suns est un album lié au voyage. A la fois par les régions musicales qu’il nous fait découvrir. Mais également parce qu’il parcoure les provinces de notre inconscient à la faveur d’exaltations subtiles. En fait, délicatement violente (Sleep Alone) ou richement ouatée (Moon And Moon) la musique de Bat For Lashes est une machine à voyager autrement. Un espace où se rencontrent par instants certains fantômes connus (Siouxsie and the Banshees, Joy Division) et d’autres plus intimes, dont on n’avait pas eu la moindre nouvelle depuis longtemps. Au final, tantôt sombre, lumineux, mystique et quelques fois radieux (Daniel) Two Suns est avant tout un lieu de rendez-vous. En quelque sorte, l’occasion rêvée de faire connaissance avec une étonnante jeune femme à la voix plurielle. Raconteuse d’histoires. Et ce, dans un milieu où même l’éphémère s’ouvre à de nouvelles dimensions.
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