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STYLE : Space/Symphonic Rock


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      Religionnaire


25/09/2009    

Très inspiré par les escapades indiennes des formations psychédéliques, Jürgen Krutszch constitue sa formation en 1972 et souhaite la dévouer aux instruments tibetains. Ce désir de surenchère périlleuse est pourtant rapidement réfréné une fois ses quatre compères recrutés. Du collectif n'émanera finalement qu'une faible résonnance tibétaine, ainsi que le mysticisme caractéristique. Les cinq allemands s'embarquent alors sur la voie planante du rock progressif floydien, un style plus accommodant, notamment en concert, car propice à d'interminables digressions passionnées et catalysées par les psychotropes. Les envolées cosmiques de Tibet sont très voisines de celles du compatriote Eloy, les guitares demeurant bien en retrait au profit des claviers et autres synthétiseurs, le tout étant propulsé par de puissantes lignes de basse aussi élémentaires qu'infatigables. Si les soli du six-cordiste, presque inexistants, ne redent pas hommage aux prestations déchirantes de David Gilmour, les performances du vocaliste Klaus Werthmann évoquent parfois celles de Roger Waters dont il adopte volontiers la hauteur et le ton plaintif. Enfin, à l'instar de son équivalent de chez Eloy, ce chanteur adopte la langue anglaise, mais avec un accent boche moins perceptible, ce qui n'est pas sans réjouir le Religionnaire. Dieu sait effectivement à quel point l'inflexion teutonne peut nuire à l'harmonie poignante d'un genre aussi soigné que le rock astral anglo-saxon.

Entre deux mouvements de survol galactique, Tibet flirte occasionnellement avec d'autres courants internes au rock progressif. Le groupe parsème ainsi son album de sections symphoniques plus sophistiquées et empreintes de l'indolence médiévale de Genesis. Du haut de son piédestal, le claviériste initie régulièrement quelques ritournelles un soupçon jazzy, qui ne sont pas sans rappeler les groupes de l'école de Canterbury, notamment Caravan dont la discographie révèle également une phase plus spatiale. Heureusement, ces sympathiques excursions demeurent timides et brèves et Tibet ne saurait trop se tâter avant de redéployer ses ailes musclées, au point parfois de frôler la grandiloquence d'Uriah Heep lors du décollage. Cette puissance allemande déterminée permet également à Tibet de se rendre bien plus accrocheur que Camel dans la majeure partie de son œuvre. Tandis que Latimer évolue mollement à dos de chameau dans une fidélité postfloydienne soporifique, l'école allemande ne sait offrir au rock planant une seconde jeunesse mais parvient au moins à allonger son espérance de vie. Malgré ce disque très consistant, Tibet ne parvient pas à percer et le quintet se dissout en 1980. Avec cet unique album éponyme, les allemands se hissent jusqu'à la catégorie du rock "planant mais pas barbant", une prouesse admirable.


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Religionnaire

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