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STYLE : Rock Progressif

DU MÊME ARTISTE :













Emerson, Lake & Palmer - Tarkus - 1971

1Tarkus: Eruption/Stones of Years/Iconolast/Mass/Manticore/The Battlefield/Aquatarkus
2Jeremy Bender
3Bitches Crystals
4Only Way (Hymn)
5Infinite Space (Conclusion)
6Time and a Place
7Are You Ready Eddy?

      Religionnaire


23/02/2006    

Projeté par l'éruption d'un volcan, l'œuf géant se brise laissant alors naître le fameux Tarkus. Cette créature hybride tatou/char d'assaut est selon Greg Lake une sorte de métaphore de l'activité militaire et industrielle humaine. Après avoir exterminé toutes les autres créatures se trouvant sur son passage (dont une sorte de criquet atomique et un chasseur ptérodactyle), le Tarkus se retrouve face à la manticore (corps de lion, tête d'humain et queue de scorpion), créature mythologique mangeuse d'Homme qui lui crève les yeux d'un coup de queue, transformant alors le monstre en sa version amphibie ("Aquatarkus"). Le rock progressif n'étant pas encore au stade de la dégénérescence, la morale de l'histoire est ici assez évidente : faites l'écologie pas la guerre. Les paroles de Greg Lake ne suivent d'ailleurs pas vraiment la petite histoire illustrée dans la pochette, et s'attardent notamment sur le rôle des organisations religieuses dans la survenue des guerres ("Mass") et sur les nombreux prétextes utilisés pour sortir les armes ("The Battlefield").

Musicalement, la célèbre pièce "Tarkus" est en majeure partie l'œuvre de Keith Emerson, qui s'inspire d'Alberto Ginastera pour créer ce fameux motif à cinq temps, cette sorte de riff de clavier rapide et dissonant. Face à ce projet aussi ambitieux que farfelu, Greg Lake, qui n'a jamais caché sa préférence pour les mélodies plus conventionnelles et sirupeuses, demeure particulièrement sceptique. Il se laisse pourtant convaincre par ses deux coéquipiers, et par cette dissonance généralisée, dont l'incroyable logique finit par sauter aux oreilles de tout bon mélomane. Lake en compose d'ailleurs un mouvement ("The Battlefield") qui se démarque du reste par son amertume, son dramatisme, et par la présence de l'un des rares soli de guitare du chanteur. Si "Tarkus" est selon le Religionnaire, l'une des rares réussites parmi les longues suites caractéristiques du rock progressif, c'est avant tout par son absence de temps mort. Chaque seconde demeure attrayante et constructive. Le symphonisme y est parfaitement maitrisé et instille une véritable cohérence, une continuité le long d'un morceau qui sait évoluer tout en restant lui-même. Si Yes ou Genesis parviendront à dépasser les sonorités et les mélodies parfois cocasses d'ELP, à développer des ambiances plus profondes, ils n'atteindront jamais la parfaite combinaison d'évidence et de folie manifestée par "Tarkus".

Si le bon vieux vinyle n'avait qu'une face, Tarkus resterait l'incontestable sommet du trio. La seconde face n'est évidemment pas à la hauteur. Le mélomane y découvre les facettes les moins reluisantes de la formation, à commencer par la vulgarité d'un "Are You Ready Eddy?" très rock 'n' roll (mauvaise blague destinée à l'ingénieur du son Eddie Offord) ou celle de "Jeremy Bender", premier volet assez banal d'une trilogie honky tonk digne d'une mauvaise pitrerie de Frank Zappa. A coté de ces deux échantillons qui voudraient prouver que le trio sait aussi se rabaisser au niveau d'une musique plus populaire, figurent quelques prestations plus originales et sophistiquées. Malgré quelques bonnes idées, aucune de ces compositions ne parvient toutefois à faire oublier, ne serait-ce qu'une seconde, que l'essentiel réside sur la première face du disque. Cette première face reste incontournable et peut ravir aussi bien les extrémistes que les détracteurs d'un groupe et d'un genre dont la fraicheur ne durera que trop peu.


Avis de la Team
Religionnaire
Ulyssangus

Les internautes ont la parole! : 6 message(s)    Laisser un message

lateralus  10/01/2012    avis

Effectivement, si la seconde face (du vinyle, of course !) paraît bien molle à côté d'un chef-d’œuvre pareil, l'album reste néanmoins à la hauteur de l'ambition de ses créateurs. Et ELP reste l'un des plus prestigieux instigateurs du rock symphonique. Le solo de guitare (!!) au milieu du morceau-titre, probablement joué par Greg Lake, est un des meilleurs moments que le groupe ait enregistré. Soudain, ça devient beau comme du Pink Floyd ! Cela dit, cet album manque un peu de direction face à de parfaits chefs-d’œuvre comme Close to the Edge, Thick as a Brick ou Foxtrot.


Greg Lake  03/01/2012    avis

J'adore cet album. Mon préféré d'ELP avec BSS. Mais comme l'évoque le chroniqueur : ce disque n'a qu'une face. Enfin, 1 et demie, car sur la Face B on retrouve quand même de bons morceaux. Certes pas à la hauteur du titre éponyme, mais plutôt satisfaisants. Donc, dans l'ensemble, un très bon album avec ce titre d'un peu plus de 20 minutes qui est l'une des pièces maitresses du prog des 70s.


rain singer  11/05/2010    avis

La plage titre constitue à ce jour le meilleur argument en faveur de l’utilisation du clavier dans le rock, cet instrument tant décrié, plus ou moins à raison. Ici, il est question d’une alternative tout-à-fait aboutie au son rock traditionnel : dans les passages rapides, les charges d’Emerson déploient un groove irrésistible, très implosif, qui culmine avec le diptyque « Iconoclast/Mass » (à chaque fois que je l’écoute, j’ai comme un frisson au moment où le riff de guitare tombe entre les deux mouvements) ; dans les passages plus lents, il est également très inspiré, quand il s’agit par exemple d’illustrer l’amertume de Lake (superbes 4 notes de piano dans le mouvement « Battlefield » !) ; le tout sur vingt minutes qui paraissent bien courtes. Quant à la face B, Infinite space, A time and a place et surtout Bitches crystals, au moins, méritent d’être retenues, et ce qui reste est loin d’être méprisable. On ne dira jamais assez comme tous ces groupes sont sévèrement sous-estimés.


zvlörg  07/05/2010    avis

En lisant la chronique de Religionnaire, je m'attendais (comme souvent) à plus que 6/10. Tout le monde reconnait l'excellence du long Tarkus, et pour cause, la dissonance y est tellement bien exécutée, avec une puissance sonore parfois dévastatrice, ou au contraire une douceur lancinante, le tout dans une ambiance délirante soutenue par des claviers magistraux et une batterie monumentale. Et en parlant de batterie, si la seconde face est considérée comme en deça, comment peut-on ne pas tomber par terre après écoute d'une tuerie comme Bitches Crystal, les enchainements rythmiques de Palmer y sont simplement extraordinaires. Et si l'ensemble sonne très "technique pure", l'efficacité et la puissance de ce titre sont indéniables. Sinon A Time And A Place fait aussi bonne figure, la mauvaise réputation de cette face B étant sans doute due à cette blague qu'est Are You Ready Eddie ou à un The Only Way mollasson et ronflant. Bref, malgré quelques défauts, Tarkus figure parmi les musts prog, même si la technique et l'étalage semblent parfois être les mots d'ordre du trio et que le côté prétentieux de Keith Emerson est plus que fatiguant, qu'importe, sa science du clavier fait des merveilles et ses compositions sont géniales.


Terry  14/08/2009    avis

Pas fan de ELP, mais c'est mon préféré des trois disques du groupe que je connaisse.


J-L  24/05/2009    avis

La seconde face de cet album n'est pas aussi mauvaise que certains ont bien voulu le dire. Je ne vois guère que le pitoyable "Are you Ready Eddy?" à mettre à la poubelle. Le reste est plutôt bon, très bon même, en regard de l'excellente longue suite qui composait la 1ère face! Et quand bien même Tarkus n'eut que cet unique morceau-titre à proposer, il reste le plus parfait de toutes les longues suites progressives qui ait jamais existé. A côté, Close To The Edge et Supper's Ready ne sont que de vulgaires brouillons malhabiles



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