Suicidal Tendencies est un groupe à part au sein de la scène metal californienne. En effet, ses racines sont plutôt à chercher du côté du punk hardcore ; son premier album éponyme se rattache clairement à ce courant. Pourtant, au fil des années, le groupe incorpore de plus en plus d’éléments extérieurs à sa musique. Ces changements s’accentuent à partir de 1984 et l’intégration du guitariste Rocky George, grand amateur de heavy metal. Dès lors, le son des Tendencies va basculer irrémédiablement vers un style de plus en plus métallique. A la fin des années 1980, le groupe se pare désormais d’atours thrash, tout en se plaçant à l’écart de la scène californienne de l’époque. L’arrivée du fantastique bassiste Robert Trujillo, en 1989, parachève la métamorphose de Suicidal Tendencies, devenu désormais l’un des groupes les plus originaux du heavy metal américain. Cette lente maturation porte ses fruits dès le début de la décennie suivante, avec la parution de Lights…Camera…Revolution !, quatrième album du groupe et premier véritable succès populaire. Le disque manque de peu le top 100 américain, mais parvient au grade de disque d’or, efficacement aidé par le single You Can’t Bring Me Down. L’œuvre marque le début de la réussite commerciale du groupe, mais aussi un point tournant dans sa carrière, les différents membres commençant à s’ébrouer dans de nombreux projets parallèles, comme Infectious Grooves, avant de déconcerter le public avec The Art of Rebellion.
Que le lecteur soit prévenu d’emblée : n’importe quel album commençant par un morceau de l’acabit de You Can’t Bring Me Down pourrait être immédiatement considéré comme un classique du thrash metal, rien de moins. Les soli introductifs de Rocky George, les riffs dévastateurs, le chant possédé de Mike Muir concourent pour faire de ce titre l’une des plus grandes réussites du genre. Et que dire lorsque le reste de l’album se révèle à la hauteur de cette fantastique introduction… Suicidal Tendencies n’a strictement rien à envier à Megadeth ou Metallica en termes de puissance instrumentale et d’aisance technique. Pourtant ce thrash metal reste toujours aussi singulier, grâce notamment aux inspirations de Mike Muir, qui conserve un côté hardcore dans son chant. Ce dernier s’inscrit admirablement dans le contexte métallique établi par le groupe, loin de toute recherche mélodique mais énergique à l’extrême. Muir sait aussi varier sa voix lorsque le cadre l’exige, ce qui donne une polyvalence parfois surprenante lorsque l’on sait que l’on a affaire à un seul et même chanteur. Le duo Rocky George/Mike Clark rappelle les grands couples solo/rythmique du heavy metal, sans avoir à rougir de la comparaison. Très à l’aise techniquement, mais aussi très attachés à la beauté harmonique et mélodique, les deux guitaristes sont peut-être le meilleur atout du groupe.
Le batteur R.J. Herrera ne se distingue pas par l’originalité de son jeu, mais par la puissance et la vélocité de sa frappe. Ses rythmes écrasants et dominateurs permettent au virtuose Robert Trujillo de donner la véritable mesure de son talent. Impeccable dans ses rythmiques, quel que soit le tempo, l’homme s’autorise parfois quelques démonstrations percussives particulièrement inattendues et impressionnantes, donnant un parfum de funk au thrash viril du groupe. Les slogans péremptoires de Mike Muir parachèvent l’édifice, donnant à l’album la pleine mesure de sa puissance dévastatrice. Lights...Camera…Revolution ! échappe aux clichés qui encombrent bien souvent le thrash metal ; la vitesse des compositions et l’agressivité des riffs ont, contrairement à ce que l’on peut observer dans une grande partie de la concurrence, un véritable but. C’est sans doute pour cela que le disque est aussi efficace. Les différents éléments extérieurs rendent l’œuvre encore plus savoureuse, même si la prise de risque est ici légère ; il ne s’agit pas vraiment d’un disque de fusion. Mike Muir, sans doute alléché par cette expérience, créera quelques temps après les Infectious Grooves, formation entièrement dédiée à la fusion funk-metal. Mais nul doute que les Suicidal Tendencies ont su, en un seul album, marquer l’histoire du thrash metal, même s’ils ne sont que rarement cités parmi les canons du genre.
| Avis de la Team | |
|  |
| Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 0 message(s) Laisser un message