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STYLE : Mr Captain/ Docteur Beefheart

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Captain Beefheart & His Magic Band - The Spotlight Kid - 1972

1I'm Gonna Booglarize You Baby
2White Jam
3Blabber N' Smoke
4When It Blows Its Stacks
5Alice In Blunderland
6The Spotlight Kid
7Clik Clack
8Grow Fins

      Haussekar


06/01/2012    

Ne cherchez pas « Booglarize » dans un dictionnaire, ce mot n’existe pas. Dans l’argot de la rue, il semble provenir de divers accouplements hasardeux trouvant leur origine dans les catacombes urbaines. Mais le mystère persiste toujours, si bien que sur la toile, une race d’irréductibles internautes perdure aujourd’hui à proposer des définitions aussi inventives que restrictives. La faute à la musique, la faute à Beefheart. Don Von Vliet est en effet l’un des rare musicien a avoir pu créer un mot musical: un mot sans mot en quelque sorte, ne renvoyant pas à une définition locutoire mais à un référent sonore.

Première pièce de la tapisserie du Spotlight Kid, « I’m Gonna Booglarize You » camoufle ainsi jalousement son mystère dans le ventre du baroque. A l’image de son prologue, l’on pourrait croire que l’album de « l’enfant projecteur » annonce un ensemble détissé, chevillé comme une fresque biscornue, abandonné à l’intuition musicale. A sa sortie, il sera mieux reçu que tout les autres, témoignant positivement de l’imprégnation de l’effet Beefheart sur la musique contemporaine. Nonobstant, cet album restera le plus controversé de l’ère Vliet, promis pourtant à la réussite aux vues de son enregistrement très « Troutien »

Les problèmes n’ont jamais quitté le Magic Band: trahisons, coups bas et délitements en tout genres truffent toujours le quotidien californien. Après une tournée en Janvier 71, la maison de disque y met aussi du sien, refusant de rémunérer le groupe. Dans une telle situation, les loyers de la plupart des membres ne peuvent être payés, livrant John French et Art Tripp (autre batteur honoraire du groupe) à la rue. S’accrochant aux branches, Vliet décide alors de retenter l’aventure de 69 en s’enfermant avec ses hommes dans une maison à Felton, près de Santa Cruz. Peut être désireux de retrouver un génie réminiscent, Beefheart revient aux bases de son Paradoxe: isolement sectaire, famine et autoritarisme finissent de mettre ses sbires aux fers.

Si les conséquences d’un tel retour en arrière n’auront pas pour effet l’avènement d’un second chef d’œuvre, Spotlight Kid reste tout de même marqué du sceau Beefheart. Ancré dans ses influences Bo Diddley, le quintet nous offre des pièces lourdes et cagnardes, frôlant parfois l’indolence (« The Spotlight Kid », « Blabber & Smoke »). Le génie Trout ne revient pas. A l’image de « When It Blow Its Stacks », l’album dérive plutôt vers la normalité retrouvée de Licks My Decals Off, Baby. Le jeu aux fûts se perd dans une rigueur morne, oubliant l’inventivité étrillante de 69. Pour cause, accusé de saborder l’ensemble de l’album, « Drumbo » French s’est vu révoqué au profit du moins explosif Art Tripp.

L’orchestration miaulante de « Clik Clack » en atteste, l’album n’est pas un échec. Mais l’atmosphère détestable, la mégalomanie de Vliet et ses délires fantoches l’ont fait rentrer dans la marge. Hormis quelques sursauts véritablement fouillés (« Booglarize », « White Jam »), le Band distribue une musique parfois ampoulée, souvent moins virtuose. Dépassé par ses propres absurdités, Beefheart en vient même à mettre un coup fatal à sa production, ne mentionnant pas Drumbo dans les crédits et effaçant tout bonnement le nom Magic Band de la pochette principale. The Spotlight Kid marque le sommet du solipsisme beefheartien, véritable point de non retour au vue de sa production ultérieure.

« La musique de The Spotlight Kid est bonne, à ce qu’on m’a dit. C’est dur pour moi de m’en rendre compte car ce disque a été conçu dans une atmosphère de corvée et de misère noire. »: Toujours avisé, John French ne manquera pas de soulever les problématiques liées à l’album de 72. Le Captain semble avoir découragé ses musiciens, les avoir confronté à un dénuement affectif si intense que la publication de Spotlight parait tenir du miracle. Mais au-delà des virtuosités ponctuelles de l’album, l’ensemble laisse toujours une impression ambivalente, donnant le sentiment d‘un retour sur une terre trop lisse. Après le « monstre formidable » de Trout Mask, Spotlight prend l’apparence d’une œuvre quelque peu asséchée, érodée par les démons de Vliet et rendues insipides par son manque de recherche sonore. Il nous reste tout de même la guitare zigzagante de « White Jam », pour rappeler l’ingéniosité du Capitaine. Comme si avec Trout Mask Replica, Vliet avait placé la barre trop haut, créant de lui-même un style qui lui serait impossible de retrouver par après. Après l’album à tête de truite, l’équation était simple: faire un bon album ne suffisait plus à faire un bon Beefheart.


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Haussekar

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