Plus vraiment en phase avec la vision de Jus Oborn sur la direction vers laquelle mener Electric Wizard, Tim Bagshaw et Mark Greening forment Ramesses en 2003, après 10 ans de services et au moins deux albums indispensables (Come My Fanatic et Dopethrone). Ils se rapprochent alors d'Adam Richardson qui fut bassiste dans la première mouture du Wizard, alors nommé Lord of Putrefaction et se laissent aller à des jams enfumés, où le doom se parent de ses plus angoissants atouts, aux confins d'un black métal agonisant, sombre et froid comme un sous bois du Dorset. Flirtant clairement avec l'occulte, jouant dangereusement avec l'ostentatoire nazisme (Ram-SS sur les Tee Shirts ou la fresque aussi somptueuse que dérangeante pour la pochette de Take The Curse) le trio cristallise les peurs et s'en fait l'étendard, publiant régulièrement sa musique sans trop se soucier des labels ou de quoique ce soit ayant attrait avec le music business. Adepte de l'enregistrement analogique et du son étouffant, Ramesses convainc l'underground par ses concerts magistraux, laissant à chaque sortie la même sensation d'oppression maléfique. A fil d'opus, où effrois et hypnose se mêlent, le trio anglais avance, avec ce son grésillant quoi qu’incroyablement distinct qui devient sa marque de fabrique. Laissant déjà entrevoir les prémisses d'une évolution sonore lors de la publication de l'Ep Chrome Pineal il y a quelques mois, le groupe touche réellement au génial avec Possessed By The Rise Of Magik, sorte de jam démoniaque dont le résultat semble avoir totalement échappé à ses créateurs pour laisser planer l'angoissante hypothèse que quelque chose d'autre hante ce disque.
Comme une répétition enregistrée par quelques indiscrets microphones, Possessed By The Rise Of Magik possède son lot d'injustesses, de décalages et se distingue par un son crasse, absolument hors de toute notion de maîtrise. Mais la magie est ailleurs. Car cette imbitable bouillie de guitare, cet écrasant concert de cymbales, ce terrifiant récital adressé aux sous sols est traversé par la grâce, celle qui n'intervient que lorsque tout espoir est vain. Il y a du Killing Joke dans ce disque, du froid industriel, quelque chose qui touche tellement au génie qu'il ne peut qu'être contrarié par la violence qu'implique toute manifestation de force supérieure. Véritable monolithe doom aux pourtours occultes, Possessed By The Rise Of Magik est de ces opus que l'on ne fait pas exprès d'enregistrer. Malédiction contrôlée par une force qui dépasse ses créateurs, ce disque est l'une des plus sincères preuves que la musique extrême aura à jamais une dimension incontrôlable, et que la violence est la plus puissante et la plus dominante des émotions. Adam Richardson semble emprunter à Robert Smith son don pour les mélodies vocales mourantes tournées vers le sol, mais il en oublie la justesse, marmonnant ses rimes, clamant ses textes, reléguant les growls au rang d'artifices sonores. Jamais déclaration faite au désespoir n'avait été aussi glaçante. Épurée de ses préoccupations subversives et ses emprunts à Lovecraft, Ramesses voue un hommage sans borne à l’ouvre de Austin Osmane Spare et sa musique gagne en spontanéité, brillant par la versatilité de son rendu sonore. Sur le fil du rasoir, sans jamais être éprouvante ou perdue par quelques longueurs, elle s'avère simplement maléfique, malfaisante et torturée, rendant au mot messe noire ses lettres de noblesse en matière de musique doom.
En cinquante et une minutes de descente aux enfers, dont onze pour la seule chanson titre, épique comme rarement, Ramesses est touché par une grâce démoniaque et se met totalement à son service. Plus qu'un simple album de musique, la captation d'un moment unique.
Myspace666
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