Pustule l'Ardéchois n°1 : Comme un punk en Ardèche
La France a son désert qui est, comme tous les déserts, propice à l’installation des marginaux et au développement d’une vie culturelle bien particulière. Rurale, libertaire et contestataire. On peut le situer entre le Rhône et la Garonne, dans les Cévennes, les Causses ou les plateaux. C’est quelque part dans ces collines, au milieu des moutons que se cache l’une de ses figures : Pustule l’Ardéchois. Artiste de toujours, ancien dessinateur et punk solitaire par-dessus tout. En effet notre fier ami est seul aux commandes. Seul sur scène, aux instruments, à l’écriture, la compo et l’arrangement. Autoproduction et autodiffusion. En un mot indépendant. Comme tous les artistes indépendants, le bonhomme a commencé par écumer les bouges de son coin pour se faire une réputation scénique. Il a fabriqué pour cela son « bidule », c’est à dire son accessoire lors de ses concerts. Une sorte de poubelle bruiteuse qui lui permet de rester seul en scène et de dépasser le simple accompagnement à la guitare. C’est armé de ce loufoque objet qu’il enregistre ce premier disque en 2001.
Etrange galette dont le principe est d’alterner chansons et interludes. De fins observateurs relèvent d’ailleurs que c’est bien l’un des rares disques de chanson où celles-ci sont minoritaires ! Les interludes sont pour Pustule une occasion de délirer en nous racontant les aventures de sa ventouse à chiotte et de taper sur quelques petites choses peu de son goût (les MacDo, les portables, Bush, le FN, la société de consommation…) en quelques scénettes ou chansonnettes rapidement, mais efficacement expédiées. La dizaine de chansons forme le corps de l’album. Avec un côté joyeux et un côté sérieux, car c’est cela le punk : délires et contestation. Pustule démarre par un chant militant à la cause paysanne incarnée par José Bové. Nous sommes dans la foulée du fameux épisode fondateur de la saga du berger moustachu : le démontage du Mac Do de Millau et la dénonciation de la malbouffe à laquelle Pustule adhère en voisin. Au rayon militant également, la dénonciation de l’Etat policier et de la fascisation rampante de la société. Les fachos sont d’ailleurs sa cible favorite, visée à maintes reprises. Voilà pour le côté pile. Côté face Pustule fait l’apologie du saucisson ardéchois (ah qu’il est bon !), maudit le coq de son voisin (qui finit sous un tas d’objets hétéroclites, dont une enclume et un Massey) et évoque les déboires des paysans célibataires. Mais le meilleur du disque revient sans doute aux « reprises », c’est à dire aux chansons dont notre chanteur a réécrit le texte et qui sont franchement notoires. Ainsi La blanche hermine, vieux chant nationaliste breton popularisé par Gilles Servat devient la Noire marée, vif pavé contre Total-Fina à l’occasion du naufrage de l’Erika. Plus fort encore : sa reprise de Françoise Hardy avec Tous les keupons et les skins de mon âge (… se bastonnent dans la rue deux par deux…) à mourir de rire.
Ce côté décalé fait que Pustule est souvent comparé à Didier Super. Les deux vieux punks se connaissent d’ailleurs bien. Mais si le fond peut sembler proche la forme n’est pas du tout la même. Il est plus politique et moins vachard que Didier, moins second degré. Il est en tous cas atypique et mérite à ce titre que l’on s’intéresse à lui et qu’on lui souhaite bonne chance. Ce n’est certes pas la situation actuelle de la France qui risque de le faire taire. Mais comme tous les petits artistes indépendants ce sont les réformes de l’intermittence qui le menacent, un moyen parmi d’autres pour le pouvoir de supprimer la marginalité et la contestation.
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