Plus insaisissable que jamais, Clutch sort de l’expérience Jam Room un peu frustré. C’est que leur disque instantané, bourré raz la gueule de fantaisies stoner comme seul ce groupe à part sait en prodiguer, a eu un effet thérapeutique sur le moral des troupes. La bande du Maryland retourne donc en studio avec l’envie de retourner aux enregistrements chiadés. Comme désireux de retrouver un peu de structure après une sortie indépendante, ils (re)signent sur Atlantic, label qui avait publié leurs deux premiers opus.
De son propre aveu, Neil Fallon concède que le rendu de Pure Rock Fury a quelque chose de frustrant. La qualité des chansons n’est pas en cause mais en hésitant constamment entre violence pure et mélodie prépondérantes, Clutch ne rend pas justice à sa force de composition. L’album est peut être trop travaillé pour être honnête et quelques choix quand au rendu sonore sont sans aucun doute discutables. Emblème de cette dualité mal assumée, « Frankenstein », morceau phare de l’opus se voit recevoir un traitement gras et bien trop rugueux tant le groupe ne semble pas assumer la ligne vocale « pop » du refrain. En résulte alors une chanson mal dans sa peau et frustrante en lieu et place d’un classique. L’ « Oncle Punchy » Larry Packer ne semble plus l’homme de la situation pour ce qui est de comprendre la saisissante mutation de Clutch et Pure Rock Fury sera sa dernière collaboration avec le gang.
Malgré cela, ne boudons pas notre plaisir d’être écrasé par la rythmique stoner d’ « American Sleep » ou la leçon de rap offert par Fallon sur l’exceptionnelle « Carreful With That Mic… ». Car Clutch reste malgré tout l’un des groupes les plus fin en matière de mélodie et de groove, trouvant résonnance immédiatement à nos oreilles en proposant des ritournelles de la force de « Red Horse Rainbow » ou « Drink To The Dead », sorte de chanson à boire Irlandaise passé à la moulinette Tim Sult. De quoi rassurer l’auditeur en somme.
Le constat ici dressé peut paraître bien amer au sujet d’un album qui n’en mérite pas tant mais il s’agit à mes yeux de la seule embuche musicale dans la carrière impeccable de Clutch. Car Pure Rock Fury reste malgré tout un brillant album de stoner direct écrasant peu ou prou les plupart de ses contemporains. Il fait d’ailleurs parti des meilleures ventes du groupe ("Immortal" et "Pure Rock Fury" ont tout deux servi de support musical à des jeux vidéos en vogue) et se pose, avec le recul, comme un mal nécessaire pour la réalisation de l’opus suivant : le chef d’œuvre indiscutable Blast Tyrant…
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| Iro22 |  |
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