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STYLE : Folk Noise de fin du monde

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David Sylvian - Manafon - 2009

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5125 Spheres
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8The Department of Dead Letters
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Lucien Donald's Playlist 1 by Lucien Donald on Grooveshark

      Melmoth


10/01/2012    

A la question: qu'est ce que la chanson ? l'establishment Français donne la même réponse depuis les années 90 (les années 80 avaient au moins pour elles l'excuse du ridicule), si bien que l'appellation chanson française revêt aujourd'hui un sens abject dans sa haine farouche de toute ambition métaphysique, artistique et idéologique. Ecouter de la chanson française aujourd'hui, c'est être mis face à l'obsession de la transparence artistique où quand l'oeuvre ne fait que signifier ce qu'elle exprime. D'Olivia Ruiz à Boulevard des Airs on ne compte plus ces charlots qui nous content la joie des petits plaisirs, de la bande de potes, du bon vieux temps loin derrière et du nouveau qui passe trop vite car trop fade, amélipoulisme chauvin à deux balles. Des Enfoirés à Taratata, c'est surtout la bonne conscience qui dégouline de son auto-commémoration, auto-masturbation en fait, avec une faciale sur la bouche à Nagui. Dans cette fosse aux lions castrée, on jette deux Christophes, un Maé pour faire ethnique, et un Willem pour faire ouvert. Transparence, on vous dit. Il faut qu'il n'y ait aucune ambiguité dans cette musique, et s'il y en a une, c'est qu'elle était prévue d'avance, et c'est malheureusement encore de l'autre côté de la Manche qu'il faut tendre la main pour rendre ses lettres de noblesse, à la musique d'abord, mais surtout à la "chanson", qui est sur le dernier opus de David Sylvian, plus que jamais essentielle à l'expression de son art.

Ovni dans son propre pays, Sylvian est l'ombre vocale de Bowie, ce dernier n'ayant pu se consacrer à la chanson thème du film Furyo, Forbiden Colours. Sa popularité très discrète lui à permis de mener sa barque jusqu'au temps présent, nous livrant avec Manafon, une oeuvre ouvertement inaccessible, surréaliste et perturbante, à la fois éloge pudique d'une voix presque nue et noise folk apocalyptique.

La première piste laisse présager un album serein, une retraite hédoniste sur les plages d'une île déserte, avec la mort comme seul horizon. La guitare fait encore semblant d'y croire, égrène doucement ses arpèges sous un chant à la fois assoupi et très retenu, parfaitement maîtrisé. Mais les masques tombent immédiatement, la musique se déstructure jusqu'à n'être plus qu'un fil fantomatique, où le sax et le piano, ayant perdu leur raison, tissent une toile en spirale, sous laquelle palpite une nuée des sons étranges, bois crispés, métal effleuré, sifflements et autres. A la fois inexistante et essentielle cette musique boiteuse vient illustrer un chant qui porte l'album à lui seul.

La voix de Sylvian est ici en territoire conquis, comme consciente de sa grandeur elle est avare en effusions mais reste chaude, retient la folie dans sa poigne. Les mélodies qu'elle évoque sont à son image, très peu nuancées, presque marmonnées comme le sermon d'un chaman mourant, comme si ce n'était pas grave. Aucune aide à chercher du côté des paroles qui ne sont ici qu'une pure poésie et dont le sens est laissé à toute interprétation. L'ensemble, l'accouplement de ce chant à la limite de la dépression (Steve Von Till n'est pas loin) avec l'acoustique hallucinée nous laisse l'image d'une barque à la dérive sur un Styx peint par Pollock, d'une nature en décomposition filmée en suspension dans le vide. Dans un grand effort final, le chant et la musique, vont laisser poindre un soupçon d'émotion pour un final assez bouleversant sur le titre éponyme, Manafon, qui sonne comme une renaissance au monde.

On ne manquera pas d'arguer que cet univers si gentiment offert à nos oreilles, est hermétique, mais loin de n'être qu'un prétentieuse expérimentation ratée sous prétexte d'art moderne, Manafon réunit tout ce que la chanson française peine à faire, audace, profondeur et dimension sacrée. Car ce que notre musique gagne en transparence et en accessibilité, elle le perd immédiatement dans sa capacité à exprimer tout et son contraire, à toucher les esprits en parlant un langage sentimental aussi vaste que la terre compte d'individus, elle se réduit par conséquent à n'être qu'un texte facile à lire. Il est donc très agréable de se perdre chez David Sylvian, pour rechercher un je ne sais quoi dans un monde de je ne sais où.


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Melmoth

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