Lustmord Version 1.2.08 c'est l'artillerie lourde. Artwork et participation active d'Adam Jones, plus deux invités du même tonneau, l'incontournable Aaron Turner (à la tête du mouvement post-core intégriste) et Buzz Osbourne des Melvins. Alors que le live Lustmord Rising bouclait le cycle cinémato-minimal, un résumé pénétrant de la période Heresy (1990) à Zoetrope (2002), la page est désormais tournée et la feuille vierge prête à recueillir quelques éclats d'une encre couleur café. Sans lait, sans sucre. Salé.
Lustmord n'a jamais évoqué dans l'esprit de ses disciples l'image d'un personnage chaleureux ou philantrope. Plutôt gothique que baroque, l'austérité d'un curé de campagne qui n'a pas touché d'enfant de coeur depuis un bail, a les boules mais pas encore assez pour débarquer dans une boite de nuit le mag.44 à la main en visant les bipèdes. [OTHER] c'est le stade juste avant le pétage de cable, 78 minutes d'une tension qui gonfle comme un boeuf sans jamais éclater. Pourtant, dès “Godeater” on sent plus qu'on entend ces nerfs à vifs, ces veines apparentes sous une peau qui n'est presque plus que chair fondue, drone rock kamikaze en fait, caché sous une bien maîgre couche d'ambiant, qui n'est là que pour souligner l'horreur de la chose. Ambiant tantôt discret (“Godeater”, “Dark Awakening”) tantôt révoltant comme cet espèce de mantra terroriste sur “Element”, vomissure de bonze géante en apéro.
Musique de chambre pour malade mental, ou plus simplement, musique urbaine, qu'on écoute en prenant le métro, où chaque passager dégage quelque chose d'inhumain, quelque chose... d'autre. Alors on se prête à ce jeu d'imagination, transfiguration du réel par la musique, qui change une jeune femme en psychopate anorexique, un vieillard en tortionnaire repenti, ce qui est beau prend des atours obscènes, ce qui est noble est forcément corrompu, authentique troisièmme oeil, [OTHER] dépouille le réel de sa part de fantasme optimiste pour lui substituer une réalité possible, hostile et impersonnelle comme un bloc opératoire dans un hopital Tchétchène. Les violons et les cloches d'un “Prime [Aversion]” aident, entre deux miaulements trisomiques sur “Ash”, à acquérir cette souplesse d'esprit. Qu'on ne pourra recommander à tout le monde. Reste une forte influence Sunn O))), agréable sans être foncièrement originale, l'ensemble sonne comme un western urbain apocalyptique, forcément décadent, et même si ce n'est qu'une petite innovation dans l'univers dégoûtant de Brian Williams, ça vaut le coup, ne serait-ce que pour les images mentales que ce disque procure.
Lustmord surnage dans les eaux glacées d'un ambiant où la concurrence est rude mais la bataille molle (scène marginale oblige). [OTHER] est là, signe de vie d'une musique terminale, pour que ne se perde pas l'étrange coutume de la dépression volontaire. Pas la came du siècle, mais de la bonne came quand même.
| Avis de la Team | |
|  |
| Melmoth |  |
Les internautes ont la parole! : 0 message(s) Laisser un message