THE LAMB LIES DOWN ON BROADWAY, OU LA BRILLANCE ETERNELLE
Le succès amené par l’excellence artistique de Selling England By The Pound place Genesis dans une situation pour le moins délicate. En effet, tout ne va pas pour le mieux dans le groupe. Peter Gabriel, charismatique leader, superbe vocaliste, brillant acteur, se sent à l’étroit dans le cadre routinier de son groupe. Les autres membres, surtout l’ombrageux claviériste Tony Banks, voient d’un assez mauvais œil les velléités d’indépendance de leur chanteur. Le quintette commence à travailler sur son nouvel album. A l’exaspération de ses camarades, Gabriel exige d’écrire toutes les paroles seules. C’est alors que Jill Gabriel, épouse du flamboyant Peter, tombe malade à cause de complications résultant de sa grossesse. Le chanteur se précipite au chevet de sa femme souffrante, laissant les instrumentistes seuls. Ces derniers décident de continuer l’écriture et complètent rapidement un nombre impressionnant de chansons. Lorsque Gabriel revient, la formation termine ainsi les titres, écrivant les paroles et les mélodies finales. Mais les querelles ne s’arrêtent pas là : juste avant l’enregistrement de l’album, le chanteur rejoint le réalisateur William Friedkin pour travailler sur un projet de bande originale, au désarroi du reste du groupe.
Après l’avortement de ce dessein, Gabriel revient, cette fois prêt pour l’enregistrement. Epaulé par le producteur John Burns et l’inénarrable Brian Eno, Genesis complète rapidement son œuvre. Celle-ci paraît en novembre 1974, sous la forme d’un double album, totalisant vingt-trois chansons. Que le lecteur soit prévenu : The Lamb Lies Down On Broadway n’est pas un disque qui se laisse facilement dompter. Symbolisant l’apogée mais aussi le déclin d’un groupe, d’un courant musical, d’une époque, cet album est à la fois le plus imposant et le plus difficile d’accès de la première période de Genesis. A l’instar d’autres doubles disques, à la pochette dominée par les nuances d’albâtre, comme The Wall, The Beatles ou Exile On Main Street, l’Agneau de Broadway peut être comparé à un véritable monument rock, une cathédrale à la fois populaire et avant-gardiste, d’où émane un souffle épique ébahissant. L’impression monumentale qui se dégage de cette œuvre provient notamment du fait qu’elle constitue l’apogée de la vision conceptuelle de Peter Gabriel, qui avait pris de plus en plus d’ampleur sur les albums précédents, partant des contes surréalistes de Nursery Cryme jusqu’à la célébration de l’Angleterre bucolique de Selling England by the Pound en passant par les visions futuristes de Foxtrot.
The Lamb Lies Down On Broadway est donc un album-concept, avec un scenario aussi singulier, voire plus, que le déjà très étrange Tommy des Who. Il s’agit des aventures poignantes, symboliques, métaphoriques d’un jeune immigré portoricain, Rael, piégé dans une série de souterrains cachés au sein même de New York. Les rencontres du héros au sein de cet univers onirique sont sujettes à de multiples interprétations, aussi bien littéraires que philosophiques ou psychologiques. Peter Gabriel assume seul l’écrasante tâche de donner vie à cet ambitieux synopsis, sans pour autant faiblir le moins du monde devant l’effort. Les multiples intonations qu’il parvient à donner à sa voix sont parfois stupéfiantes, allant d’un murmure désemparé à des grognements gutturaux d’une furie délicieusement grotesque. Mais si Gabriel demeure l’un des principaux atouts de l’album, on ne peut décemment résumer ce dernier à sa voix polymorphe ou à sa plume versatile. Non, The Lamb Lies Down On Broadway est une véritable œuvre collective, où se retrouve l’inimitable signature de Genesis. La première remarque qui vient à l’esprit est évidemment le raccourcissement des morceaux. Aucun titre ici ne dépasse les dix minutes, loin de l’interminable "Supper’s Ready" ou des formidables "Firth of Fifth" et "Cinema Show", mais cela ne veut pas signifier que le groupe a cédé à la facilité, bien au contraire.
L’album regorge de ruptures rythmiques complexes, de mesures impaires, d’orchestrations inhabituelles, de soli apprêtés, à tel point que l’auditeur peut être écrasé devant une telle profusion de thèmes et de mélodies. Malgré le statut conceptuel, on ne retrouve que peu de leitmotivs communs à tout l’album : l’un des seuls exemples est la reprise du fantastique rythme majestueux de "Fly on a Windshield" au sein de "Lilywhite Lilith". L’extrême diversité de l’œuvre fait que certains titres peinent à se hisser au niveau de l’ensemble, tel le cocasse "Counting Out Time" dont les paroles hilarantes peinent à faire oublier la facilité mélodique. Ce phénomène, commun à presque tous les doubles albums, reste néanmoins assez marginal ici. Les instrumentistes, soudés, présentent leur facette la plus inventive, la plus enthousiaste, en se livrant à des élans expérimentaux d’une audace réjouissante. Ainsi, des morceaux de toute beauté, comme le court "Hairless Heart" ou le sentimental "The chamber of 32 Doors", côtoient des titres franchement bruitistes, où se dessine bien évidemment l’influence de Brian Eno, par exemple "The Waiting Room". Genesis, mû par une inspiration hors du commun et soutenu par une cohésion nouvelle, dépasse même les sommets atteints par Selling England By The Pound.
Ce double album, grandiose sur de nombreux points, représente le testament de l’incarnation la plus révérée de Genesis mais aussi celui de la grande période du rock progressif. Dès le début de l’immense tournée suivant la parution de l’œuvre, Peter Gabriel fait part à ses camarades de sa décision de quitter le groupe. La tournée qui suit est considérée comme l’apogée de la formation, tandis que l’album pénètre dans le top 50 américain. D’assimilation difficile, intelligent, alambiqué, The Lamb Lies Down On Broadway est probablement le meilleur album de Genesis, toutes ères confondues, en même temps qu’un disque fondamental, indispensable au mélomane éclairé. Tour de force inhumain, symbole générationnel, succulente pièce musicale, The Lamb Lies Down On Broadway est tout cela, et plus encore.
"And the light dies down on broadway…"
| Avis de la Team | | |  | | StarChild |  | | Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 8 message(s) Laisser un message | Megabloups 10/01/2012 avis: | 
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Sommet de la démesure du groupe, le dernier album sous l'égide de Peter Gabriel, The Lamb lies down on Broadway est sans doute l'album le plus passionnant de Genesis parce que le plus conceptuel, mais aussi l'un des plus égarés car bien trop long.
Car là est bien la difficulté de l'exercice du double album, il faut de la rigueur pour que l’intérêt subsiste du commencement jusqu'à la fin, et si Genesis a de la virtuosité, il n'a pas cette vivacité qui lui permet d'exécuter avec brio un pavé de 23 morceaux.
En fait, The Lamb lies down est à l'image de The Wall, entraîné par un concept des plus intéressants (et par conséquent bercé dans un long fleuve musical pour en dévoiler toutes les facettes), mais dont la musicalité ne tient pas éternellement la route.
L'ouverture éponymes est majestueuse, sublime, une des meilleures introductions d'album probablement. D'où un contraste assez évident une fois confronté à l'hermétisme des compositions qui suivent. Des thèmes bien trouvés mais plats s’enchaînent sans conviction, exceptée celle d'un Peter Gabriel qui ici ressemble fort à un Jon Anderson. Il faut finalement attendre In the Cage pour retrouver un intêret musical réel.
Là où dans Selling England by the pound la féerie entretenue par le groupe semblait naturelle, ici, dans The lamb lies down and Broadway elle apparaît clairement comme un artifice, et de là découle la vacuité.
Le deuxième disque est peut-être meilleur que le premier, avec une ouverture réjouissante avant un retour dans des limbes abyssales et sombres, dont au fini par ressortir lors du puissant rappel ''The Light Dies Down on Broadway''. Alors, comme si le groupe avait décidé de se remettre au boulot on assiste à un miracle, les quatre derniers morceaux sont une véritable cascade qui se rue vers un retour jouissif à un rock animé, captivant, accrocheur...mais bon on aura quand même bien du s'accrocher pour en arriver là !
Finalement on ne saura que trop conseiller à l'auditeur éclairé de faire sa sélection parmi la foule à peine correcte de morceaux, et on peut se dire que tout comme un The Wall, The Lambs Lies Down on Brodway aurait gagné à n'être qu'un simple album.
Après si on veut rester optimiste on peut se dire qu'au moins c'est toujours du progressif est que Genesis n'en est pas encore au point de faire de la pop insipide...
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| Darkpoet 15/12/2011 avis: | 
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Il n'y a rien à faire. je n'ai jamais pu écouter cet album en entier. je n'aime pas le son, l'ambiance générale. Je ne retrouve pas la poésie, le romantisme que je recherche chez Genesis avec des albums comme "Selling...", "A trick of..." ou "Wind and...". Peut-être d'autre personnes sont-elles de cet avis complètement subjectif. Alors, je vais encore essayer de rentrer dedans !
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| jujubonu 10/07/2009 avis: |  |
Oui cet album est difficile d'accès! Oui cet album ne se laisse pas facilement apprivoiser! Mais quel jouvence que de s'y enfoncer, quelle découverte, quelle tornade que de s'y enfoncer. "The lamb" est réellement un tour de force, une oeuvre magistrale, fruit d'un groupe (musicalement), voire d'un seul homme (textuellement)... au bord de la démesure et soumis aux forces d'un ego surpuissant. Gabriel nous crie: "je suis là, je suis Real". Au-delà de ces forces surpuissantes, de la démesure que la jeunesse apporte, reste un album phénoménalement innovant, dont la force expressive reste intacte au fil des décennies, mais qui reste opaque à maintes oreilles. C'est que le Lamb ne s'entend pas, il s'écoute très attentivement et ne s'apprivoise pas aisément. Il s'agit en effet d'une cathédrale dans laquelle il faut faire l'effort d'entrer et d'observer. Immense travail vocal et instrumental (écoutez Collins à la batterie et Hackett à la guitare, ils n'ont probablement jamais fait mieux sur le plan technique), le Lamb est tout simplement un joyau de ces 50 dernières années.
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| Durhum 20/01/2009 avis: |  |
J'ai vu ce concert à Montréal en 1974 et j'en garde un exellent souvenir. J'ai acheté le 33 tours à l'époque. Maintenant que j'ai un système de son qui a de l'allure, je vais me procurer le CD et sûrement revivre cet énergisant souvenir.
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| Terry 15/10/2008 avis: |  |
Ce n'est pas le meilleur album du groupe toutes périodes confondues (le meilleur est "Wind & Wuthering"), ni le meilleur de la période Gabriel ("Selling England By The Pound"), mais il est quand même phénoménal !
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| TiTi 14/10/2008 avis: |  |
Pour ceux qui aiment, allez jeter une oreille sur le Archive #1, il y a l'intégralité de cet album joué en live, une pure merveille!
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| jack 13/10/2008 avis: |  |
Je préfere quand même "Selling England By The Pound", c'est un bon album mais pas toujours facile d'accès sur certains titres et quelques titres en moins aurait peut-être permis de développer d'autres thèmes trop courts...
Quant au chanteur et musiciens, c'est vraiment du haut niveau, y a pas à douter.
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| simon 20/10/2007 avis: |  |
Le meilleur disque de toute la carrière de Genesis.
Peter Gabriel est fascinant, Tony Banks est éclatant, Mike Rutherford et Phil Collins sont au sommet de leur forme et Steve Hackett, bien qu'un peu à l'écart, reste ce qu'il est : un super guitariste.
"Nursery cryme" était plus réussi que "Trespass", "Foxtrot" plus que "Nursery", "Selling" plus que "Foxtrot" et cet excellent "The lamb" est vraiment le chef -d'oeuvre absolu.
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