Les pénitenciers sont aussi remplis d'innocents que le panthéon du Religionnaire l'est d'artistes qui auraient mérité un destin plus glorieux. Brièvement considérées comme une réponse new-yorkaise aux vocalises des Mamas & the Papas, celles de ce fraternel trio ne sont pas moins valeureuses, au contraire. La sœur Sandy et les frères Chris et Bruce puisent leur inspiration chez Simon & Garfunkel, Peter, Paul and Mary mais également dans le jazz et la musique classique, ce qui procure à leurs compositions une sophistication bienvenue chez les religionnariens. Leurs performances folk baroques et réjouissantes du Greenwich Village attirent rapidement quelques chasseurs de tête mais le premier choix du trio sera hélas grandement responsable de son manque de succès. La fratrie opte en effet pour une maison de disques indépendante et moins prestigieuse que d'autres sous prétexte que celle-ci lui laisse davantage de liberté dans la confection de son premier album. Ce geste artistiquement brave se révèlera commercialement fâcheux, notamment en raison d'une portée promotionnelle limitée.
Le premier 45tours, dévoilant le titre éponyme, ne passe pourtant pas inaperçu à sa sortie. Ce "Kites Are Fun" reste à considérer comme l'une des chansons les plus inoffensives de la décennie mais, une fois le refrain passé, débouche sur de délicieux dénivelés vocaux beaucoup plus recherchés que la plupart des équivalents ensoleillés de l'époque. Le Religionnaire ne saurait trop conseiller au mélomane de préférer l'autre face de ce 45tours : "The Proper Ornaments", qui demeure l'une des plus belles performances baroques de l'histoire du rock, mêlant clavecins, trompettes et vocalises dans des élans entraînants, virevoltants, grandioses, divins… Les performances les plus jazzy sont certainement celles qui ont le plus mal survécu aux décennies ultérieures, tant on les imagine résonner dans les ascenseurs, même s'il s'agit à coup sûr des plus classieux d'entre eux. Ceci n'empêche guère ce premier album de se révéler très consistant et très séduisant, bien équilibré entre douceurs éthérées et pièces plus véloces, sans oublier quelques reprises bienvenues, le tout sans jamais barber si tant est que l'auditeur puisse estimer que le rock ne se limite pas au déflagrations guitaristiques hendrixiennes.
Les sublimes vocalises d'une fratrie qui s'agrandira rempliront sept albums jusqu'à la dissolution de 1972, ceci bien longtemps avant une reformation du trio originel à l'aube du nouveau millénaire, bien après que Chris Dedrick se soit illustré en tant que producteur et compositeur de bandes originales.
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