Si le succès de la tournée de The Elephant Riders a permis au groupe d’accroître son emprise sur la scène heavy rock us, les difficultés rencontrées lors du dernier enregistrement, le rendant long et fastidieux, poussent le groupe à changer sa façon d’aborder son entrée en studio. Jam Room porte donc bien son nom, Clutch l’ayant enregistré en condition live, sans maquettes préalables et en un temps record.
Cette nouvelle façon de procéder en fait un album à part, le plus Zeppelinien peut être de toute la discographie du quatuor. Aux riffs foisonnants de Tim Sult se mêlent de longs passages de jam, où Jean-Paul Gaster et Dan Maines laissent parler leur talent, tirant la musique de Clutch vers un blues brut, habité par la voix et des textes de Neil Fallon.
Ainsi quelques titres tels que ‘‘Going To Market’’ prennent des allures d’improvisations passionnées, laissant éclater la technique et le feeling des quatre garçons, débouchant sur ‘‘One Eye Dollar’’, une pièce maitresse de cet opus à la saveur si particulière. Il semble d’ailleurs difficile d’extraire un morceau du disque, tant ce dernier est homogène, suivant le cours des digressions sonores proposées par le quatuor.
Toujours enregistré par Larry ‘‘Uncle Punchy’’ Packer, fidèle assistant du groupe, Jam Room marque une nouvelle étape dans la carrière de Clutch, injectant l’essence du blues dans son détonant mélange, conférant une fraîcheur supplémentaire à la machine. Bien huilée, cette dernière s’emballe une fois le ‘‘Who Wants To Rock’’ exulté par Fallon.
Entre les manifestes rock aux accents stoner prononcés (‘‘Big Fat Pig’’, ‘‘Basket Of Eggs’’…), les expérimentations sonores nébuleuses (‘‘Super Duper’’) et les directives de studio laissées sur bande, Clutch s’autorise quelques délires assumés (l’imbécile ‘‘Gnome Enthusiast’’ entre une ballade saloon et un générique de mauvais dessin animé), proposant au final un album équilibré et terriblement excitant.
Ce dernier, basé sur l’entente et la technicité sans faille de quatre musiciens aimant laisser dialoguer leurs inspiration durant de longues plages instrumentales, donne à Clutch l’envie de monter un side project, basé sur cette expérience. Ainsi naitra, instantanément après l’enregistrement de cet opus, The Bakerton Group, réunissant ni plus ni moins que les quatre membres de Clutch autour d’une musique mi rock/mi jazz et totalement instrumentale (Neil Fallon y joue de la guitare).
Paru chez Rive Road, qui n’est autre que leur propre label autofinancé, Jam Room offre un nouveau visage à la musique de Clutch. En constante mutation, cette dernière offre de merveilleux reliefs à la carrière du combo du Maryland. Passionnée et intègre, l’amorce d’une carrière parfaite.