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STYLE : Black Metal
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Abruptum - In Umbra Malitiae Ambulabo, In Aeternum In Triumpho Tenebraum - 1994
| 1 | In Umbra Malitiae Ambulabo, In Aeternum In Triumpho Tenebraum
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Abruptum fait partie de ces groupes à part sur la scène Black Metal, expérimentant de manière intense et violente la noirceur de l’âme. Signés sur le label d’Euronymous, les Suédois It (chant) et Evil (guitare, batterie et synthétiseur) produisent leur deuxième opus, le plus abouti, le plus maléfique. In Umbra Malitiae Ambulabo, In Aeternum In Triumpho Tenebraum est une longue et torturée traversée du chaos psychologique, de l’aliénation vers la Géhenne biblique. Dès l’introduction, le décor est planté : un piano désaccordé, quelques crissements d’ongles sur un tableau, des cymbales hypnotiques et le souffle malade de It. Le temps se glace avant de brûler sur le riff de guitare anti-mélodique, saturant les cris d’agonie. La folie s’est installée. Une batterie mécanique se joint, donne sa dé-rythmique et plonge le voyage au plus profond des entrailles malades d’Abruptum. Les cris sont gutturaux, vomis entre deux « Satan » scandés, implorés, pleurés.
Guitare et batterie sont en désaccord total dans une guerre apocalyptique sous le gong parcimonieux du piano et de l’orgue jusqu’à cette première accalmie. Étouffements, effroi et peur s’intensifient. La batterie reprend, devient tribale, les cymbales agissent et martèlent le fond de nos crânes. La perte de repères transfigure notre perception. L’ambiance mêle peine, haine et visions surréalistes. Cthulhu n’est plus très loin. L’orgue accompagne cette chute vertigineuse. Nous sommes pris d’asphyxie dans ce démembrement de l’âme, une multitude d’émotions aliénées et brutes s’accaparent nos sens. Nous sommes pris de peur à chaque nouvelle chute, croyant pourtant avoir déjà touché le fond. La non-musicalité se transforme en acharnement dépravé, tentative de meurtre auditive via la torture des instruments et ces râles de l’agonie.
On voudrait rêver, espérant que le martyr s’arrêtera d’un moment à l’autre, que le réveil sera joyeux et que l’on oubliera ce voyage abyssal. Mais les pleurs reprennent de plus belle, deviennent rires affolés et déséquilibrés. La batterie atteint un niveau malsain de colère. Au chemin vers les Enfers, il n’y a qu’un pas. On ressent l’ambiance d’une pièce capitonnée, d’une cage rouillée au fond de la cave d’un hôpital psychiatrique stalinien. On torture le patient ; le sadisme est présent à chaque note. L’annihilation se termine dans l’inévitable immolation, seul remède à cette folie. Une heure de supplices. Le calme reprend son droit, la nuit n’est pourtant plus pareille. Le ciel restera à jamais noir. Toute vie, tout espoir a disparu de cette terre, il ne reste que ruines humaines et décombres d’une civilisation. Quelque chose s’est cassé au bout de ce chemin de croix, comme si la naïveté ou l’idéalisme n’étaient plus que souvenirs lointains. Ici nous avons perdu notre humanité au travers de cet hymne initiatique à la gloire de l’Ange Déchu; une violente et intense offrande de nos âmes aux flammes.
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