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Arctic Monkeys - Humbug - 2009

1My Propeller
2Crying Lightning
3Dangerous Animals
4Secret Door
5Potion Approaching
6Fire And The Thud
7Cornerstone
8Dance Little Liar
9Pretty Visitors
10The Jeweller's Hands
Découvrez la playlist Humbug avec Arctic Monkeys

      Roquentin


03/10/2009    

Il est souvent entendu qu’une formation au succès fulgurant fait naufrage au moment de passer le cap du troisième album. Parfois par manque d’inspiration, il n’est qu’une simple redite des deux précédents en mal déglutie, déclenchant lassitude, indigestion et bâillements d’ennui pour le public de la première heure. Hum. Parfois fécondé par une volonté d’élargir ses horizons, il est le résultat aussi mal dégluti d’une révolution artistique aux dogmes mal assimilés et qui se prend les pieds dans son propre étendard, déclenchant colère, nausée et révulsion pour ce même public de la première heure. Hum Hum. Heureusement parfois, il n’est ni ferrure en forme de T, ni transformation radicale en tête de Q, mais l’aboutissement d’esprits avancés qui ne se posent guère ce genre de questions d’abécédaire. Le dernier des Arctic Monkeys, Humbug, entre dans cette catégorie de disque porteur d’une évolution sage, légèrement déconcertant sans être versatile. Il suffit de savoir que sa production a été réalisée conjointement par le géant roux de Joshua Tree et leader des Queens of The Stone Age, Josh Homme, lui-même accompagné du fidèle James Ford, déjà présent sur My Favorite Worst Nightmare et le Last Shadow Puppets, pour comprendre que le visage des natifs de Sheffield cuvée 2009 a subi quelques retouches mais pas pour autant un ravalement complet de façade. Tant mieux, car à vrai dire, ils n’avaient pas vraiment besoin d’un facelift intégral, sinon de gommer les quelques boutons d’acné qui leur donnaient par moments l’air de sagouins primitifs légèrement limités. Opération infiniment délicate que de rendre superbe ce qui était déjà beau. Et pourtant.

A l’écoute de Humbug, il est évident que les Monkeys ont pris un sacré coup de vieux. Pas vraiment une surprise. Depuis la parenthèse effectuée avec son comparse des Rascals, Alex Turner n’est plus ce gratouilleux de guitares branchées sur le même micro compositeur de titres certes rentre-dedans et énergiques, mais bourratifs sur la longueur. A la recherche de nouvelles textures sonores et s’ouvrant à un nouvel imaginaire avec cet album, lui et sa bande sont partis sur les traces d’une Amérique filmée par Ennio Morricone. Bien aidé par un Homme à l’univers bardé de riffs plombés et ombrageux, le son de la formation s’est diversifié et densifié, ondulant au gré des rafales sablonneuses du désert du Mojave. Sonnant le glas de leur joyeuse récréation, Humbug est vicelard du regard, tendu du colt et désabusé du mégot. Du grand Eastwood. Pas très amical, il ne délivre ses cartouches assassines qu’une fois le dos tourné. Un disque traître, étonnamment discret, sans morceau de bravoure apparent mais à la tension ténue et réservant son lot de passages épiques. Et qui prend à sa relecture tous les traits d’un grand classique.

Maitrisant enfin l’art du silence, bourré d’effets brumeux, d’échos blafards et de voix sibyllines, Humbug tire à vue et ne manque jamais sa cible. Impitoyables, les Arctics Monkeys écrivent un western moderne avec un réel sens de la mise en scène, à la fois cruel, poisseux et planant sans jamais tomber dans la boursouflure. Ouverture splendide en forme de plan-séquence, l’obscur My Propeller et ses orgues nébuleux nous laisse entendre le râle âpre d’Alex Turner sonner le début de la charge héroïque. Incroyablement crédible dans son rôle de leader crapuleux, il rameute de son accent mâchouillé à la chique ses musiciens enfin à la hauteur dans le pétaradant Pretty Visitors, cavalcade diabolique au final lugubre. Au rang des grandes embardées, Dangerous Animals captive par sa puissance rythmique et ses guitares plombées tandis que Potion Approaching se la joue trip shamanique en plein désert, porté par la voix maligne de Homme. Sillonnant des paysages plus connus, Secret Door et Cornerstone nous rappelle au souvenir de la terre natale de nos exilés anglais, éclaircissant pour le premier de sa mélodie frivole et pour le second de ses arpèges souverains l’horizon poussiéreux de leur plongée dans l’Ouest, en prouvant au passage leur talent grandissant pour la composition de ballades pop. Mais c’est finalement loin de leurs bases que la chevauchée des Arctic Monkeys devient véritablement fantastique. D’abord au son de clairon de leur premier single, Crying Lightning, vaporeux au possible avec sa basse ronflante, sa structure en montée fiévreuse et son chant désillusionné mastiqué de percées lyriques. Puis pour l’extatique Fire and The Thud, évoquant d’hostiles paysages dépouillés à la Leone et théâtre d’un duel final mémorable entre le Turner et l’Alison Mosshart des Kills. Enfin, pour la fusillade électrique que constitue Dance Little Liar, enjôleur avant d’être meurtrier, et pour le final éblouissant de The Jeweller’s Hands, apothéose sobre et contemplative d’une traversée américaine annonciatrice d’une destinée royale pour les anglais.

En 2006, Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not était devenu le disque de l’année après avoir provoqué un engouement rarement égalé. En 2007, leur second effort, plus abouti, plus extrême et à la plume bien plus aiguisée, avait certainement atteint la quintessence de la formule de la formation mais avait dessiné leurs limites plutôt qu’il n’ouvrait leur champ des possibles. Difficile de faire mieux avec les mêmes ingrédients. En bref, il était à craindre qu’après seulement deux albums, les Arctic Monkeys n’aient plus rien à nous dire. Erreur monumentale. Humbug est un trésor ouvert sur l’avenir, foisonnant, riche de trouvailles et de pistes de recherches. Mais plus que d'être une promesse, il est déjà le meilleur testament du groupe. On n’en demandait pas tant.


Avis de la Team
PinkZeppelin
Roquentin

Les internautes ont la parole! : 1 message(s)    Laisser un message

PinkZeppelin  18/02/2010    avis

Les écoutes multiples de cet album n'y feront rien. Je reste déçu par ce ramollissement général, malgré une technique et une diversité évidente.



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