"The Music is reversible, but time is not. Turn Back. Turn Back. Turn Back. Turn Back". Telle est la réponse de Jeff Lynne, récitée à l'envers au début de Face the Music, aux fondamentalistes chrétiens paranoïaques qui auraient flairé des relents sataniques sur Eldorado (1974). Le succès de cet album magistral aux États-Unis ouvre à nouveau la plupart des scènes américaines à Electric Light Orchestra. Sur les conseils des membres de Deep Purple alors compagnons de tournée, le groupe de Jeff Lynne choisit d'enregistrer son prochain album aux Musicland Studios de Munich, fondés quelques années plus tôt par Giorgio Moroder. Un orchestre de trente musiciens ainsi qu'une chorale sont à nouveau sollicités, auxquels s'ajoutent cette fois quatre choristes. Les deux violoncellistes et le violoniste du groupe doivent à nouveau s'individualiser en tant que solistes. Si la sophistication demeure à certains niveaux, Jeff Lynne souhaite cette fois proposer une collection de chansons et non un album concept. Cette évolution vers une présentation plus modeste et conventionnelle, contemporaine de la décadence du rock progressif, semble à priori plus naturelle pour ELO que pour la plupart de ses rivaux du genre. Jeff Lynne affiche en effet depuis ses débuts une certaine aisance dans la composition de titres à effet immédiat.
Ce talent presque beatlesien pour élaborer des mélodies enchanteresses est parfaitement symbolisé par le génial "Evil Woman". Cette irrésistible petite merveille dont le Religionnaire ne saurait se lasser germe en quelques minutes seulement dans l'esprit de son créateur. Ce tube simplissime et imparable, enrichi comme toujours par de splendides arrangements orchestraux, se propulse à la dixième place des classements britannique et américain. Son successeur "Strange Magic", légèrement moins virevoltant mais délicieusement entêtant, ne parvient pas à réitérer cette performance. Face the Music est par ailleurs un disque varié, surprenant et extrêmement consistant malgré sa courte durée. Jeff Lynne y ballade son grand orchestre à travers plusieurs styles en évitant toute faute de goût. Le Religionnaire revisite ainsi avec plaisir une escapade hymnique et appuyée à la distorsion ("Poker"), une cocasse adaptation de la célèbre chanson sudiste "Dixie's Land" ("Down Home Town"), une ballade envoutante et classieuse ("Waterfall") ainsi qu'un nouvel hommage poignant à la paire Lennon/McCartney ("Nightrider"). Enfin, à nouveau, le grand Jeff Lynne propose un titre final éblouissant de beauté, un titre qui semble pourtant, à l'instar de nombre de ses chefs-d'œuvre, se trainer parfois péniblement. Cependant, "One Summer Dream" n'en finira jamais de suivre et de bouleverser le Religionnaire. Ce dernier rend donc un fier hommage à son grand ami pour avoir donné naissance à ce rêve d'été.
Face the Music est le premier album d'ELO à pénétrer les dix premières places du classement américain, mais également le premier album de platine du groupe. Les anglais, toujours aussi snobinards, restent eux aussi indifférents qu'ils l'ont été face à Eldorado…
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