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STYLE : Prog/Orchestral Rock
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Electric Light Orchestra - Eldorado, A Symphony - 1974
| 1 | Eldorado Overture
| | 2 | Can't Get It Out of My Head
| | 3 | Boy Blue
| | 4 | Laredo Tornado
| | 5 | Poor Boy (The Greenwood)
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| 6 | Mister Kingdom
| | 7 | Nobody's Child
| | 8 | Illusions in G Major
| | 9 | Eldorado
| | 10 | Eldorado Finale
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En 1973, les grands champions progressistes tutoient des sommets de grandiloquence pseudo-intellectuelle, ces performances nuisant malheureusement pour la plupart à la musicalité. Avec un temps de retard, Jeff Lynne se lance également dans une œuvre des plus ambitieuses qu'il fantasme comme une symphonie rock conceptuelle, épique, et féérique. Plutôt que de démultiplier artificiellement ses trois instrumentistes à cordes, il sollicite cette fois un orchestre entier ainsi qu'une chorale pour donner à ce projet l'ampleur qu'il mérite. Contrairement à d'autres prouesses contemporaines dont la trame non musicale reste confuse et impénétrable, le concept est ici particulièrement compréhensible et judicieux. Il s'agit du rêve, d'un monde imaginaire nommé Eldorado dans lequel s'aventure le personnage principal. Cette contrée fantasmagorique lui permet de s'échapper d'une réalité trop rigide, trop cruelle, et lui offre la réalisation de ses fantasmes les plus héroïques. Ainsi, l'homme se rêve en guerrier de retour des croisades acclamé par son peuple ("Boy Blue"), en Robin des Bois ("Poor Boy"), en gouteur des plaisirs fournis par une fille de mauvaise vie ("Nobody's Child"), ou encore en star du rock qui consulte un psy ("Illusions in G Major"). Ces escapades sont ponctuées de retours douloureux à la réalité qui ne font qu'amplifier ce besoin de la fuir.
Sur le plan musical, la performance de Jeff Lynne est presque miraculeuse. Excellent mélodiste, ce dernier parvient à proposer des titres magnifiques, hautement accrocheurs, qu'ils soient prélevés individuellement ou qu'ils demeurent dans le déroulement d'une œuvre particulièrement harmonieuse. En réaction à une critique de son père ("The trouble with your tunes is that they've got no tune"), il compose "Can't Get It Out of My Head" qui restera son plus bel emblème. Ce délice mélodique, véritable réminiscence un peu molle du duo Lennon/McCartney, demeure aussi simple qu'envoutant et s'inscrit à jamais au sein des grands classiques religionnariens. Le second sommet d'émotion est procuré par "Eldorado", beau à en pleurer et alternant magnifiquement entre douceurs enchanteresses et envolées grandioses. Accompagnés d'interludes et de rappels habilement saupoudrés, les dix titres s'enchainent comme par magie pour constituer l'un des grands sommets progressistes, et notamment la plus belle alliance de l'histoire entre rock et musique classique. Ces deux éléments sont pourtant dosés très différemment d'un titre à l'autre sans que cela ne nuise pourtant à la cohérence d'ensemble. Parmi les quelques reproches anecdotiques éventuels, le Religionnaire pourrait souligner un rock 'n' roll un peu simpliste ("Illusions in G Major"), un échantillon un peu trainant ("Nobody's Child") et un "Mister Kingdom" certes sublime, mais étrangement similaire à un certain "Across the Universe".
Malgré l'absence de brusques modifications du tempo, l'absence de grosses dissonances, l'absence d'écarts jazzy, d'élans folk ou médiévaux, de mantras ou autres mysticismes, Le Religionnaire ne peut que brandir ce disque en véritable leçon adressée à certains pourvoyeurs de grands débordements progressistes. Eldorado reste une œuvre terriblement ambitieuse qui tient ses promesses sur le plan musical, une épopée rock lumineuse et féérique qui dépasse le cadre d'un public restreint et stéréotypé pour toucher la Terre entière.
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