Blood Mountain titillait déja le génie, comme un nouveau Tool en gestation poussant ses premiers growls à la face du hardcore et de la musique en général. Mastodon donc, metal protéiforme inclassable (euh... sludge-core psycho-actif progressant ?), se taille assez vite sa part de gloire, le fameux examen du troisième album réussi avec brio, reste à maintenir l'allure. Crack the Skye, affreusement long à digérer (compter une dizaine d'écoutes), plein à cracker le sky d'harmonies compressées façon Devin Townsend, de chant clair dans tous les sens, de breaks à n'en plus finir, est un disque aride, exigeant, qui ne s'apprécie qu'à la sueur de l'auditeur, campé sur son mandala en position lotus, la bouche pleine de sutras.
Animé d'un esprit slow food, Mastodon pousse la prouesse du hard listening dans son ultime recoin, celui où la patience se trouve vraiment récompensée par une musique tortueuse et magnifique, expression déviante d'un concept farfelu sur le voyage astral dans la Russie tsariste. Membre à part entière du corps musical, l'écoute à répétition est l'exercice obligé, sinon la clef, ouvrant sur l'éblouissante fractale mélodique d'un “The Czar”, qui de simple mid-tempo expérimental foireux (première écoute) passe facilement au statut de monstre cultissime du metal progressif (quatrième écoute) puis (énième écoute) de divinité sonore du Forez. Rien que ça. Dans le même esprit, l'ouvreur "Oblivion", petit sludge potache et prétentieux s'insinuera sournoisement comme le nouvel hymne populaire, juste après l'Internationale, avec un solo lunaire impeccable sur son final.
Toujours brutal, même si ce n'est qu'une agressivité de pure forme, le contenu de Crack the Skye devient lentement la nouvelle coqueluche du quartier, avec ces petits passages de groove qu'il faut parfois chercher scrupuleusement dans les dédales de “The Last Baron”, perdu dans un jeu de batterie tentaculaire à peine annoncé par son intro (deux minutes de montée en puissance badine) donnant sur une sorte de King Crimson version poupées russes, jeu de mirroir toujours plus classe au fil de leitmotivs* wagnériens (*structure musicale récurrente à laquelle est associée un thème particulier relatif au concept). On remarque à peine la timide présence de Scott Kelly, venu apporter un cachet d'authenticité au morceau éponyme, déja bien fourni entre une lourdeur Neurosienne (étonnant, non) et des envolées power metal polyphonique doublées de choeurs mystiques. Si chaque moment est unique il ne s'imbrique pas moins par un étrange jeu de symétrie, un talent de composition qui n'est pas juste une démonstration stérile.
Voilà ce que fait Mastodon, une grosse tambouille conceptuelle où l'on passe beaucoup de temps à chercher la raison de son achat. Et la raison se dévoile comme les matriochkas, effet voulu, effort conscient, pour faire chier le fan, mais surtout, le forcer à la patience. La raison, c'est que personne d'autre que Mastodon ne fait du Mastodon. A l'instar des Opeth, Tool et Neurosis, le quatuor se trouve dans la création pure, où chaque pas est un pas de pionnier, normal donc, qu'on ait la tête enflée après Crack the Skye. Reste cette expérience, qu'on pourra vivre pleinement comme un voyage d'esprit, ou balancer à la première écoute.
| Avis de la Team | |
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| Iro22 |  |
| Melmoth |  |
| Religionnaire |  |
| Ulyssangus |  |
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