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STYLE : Blues


DU MÊME ARTISTE :

John Lee Hooker - It Serves You Right To Suffer - 1966

1Shake It Baby
2Country Boy
3Bottle Up And Go
4You’re Wrong
5Sugar Mama
6Decoration Day
7Money
8It Serves You Right To Suffer

      StarChild


28/09/2009    

1966 IT SERVES YOU RIGHT TO SUFFER …INALTERABLE…

Sans la bienveillance de Willie Moore, la vie de John Lee aurait sans doute été différente. Différente, car si son beau père ne l’avait pas converti au blues dès son plus jeune âge, peut être aurait-il fini sa vie dans la peau d’un simple métayer ou d’un aide garagiste. Par chance, la destinée en décida autrement. Autrement, mais pas dans la facilité. En effet, si être très jeune et doué peut sembler un avantage dans certaines circonstances. A l’époque, en dehors de l’âge (celui qui se fera appelé The Hook n’a alors que douze ans), la concurrence, l’essor du Rythm'n'Blues, ainsi que le racisme ambiant sont autant de facteurs avec lesquels il faut compter. Trop jeune pour fréquenter les clubs des quartiers chauds de Memphis, ce sera confronté à la misère du Sud rural, puis en allant s’installer à Cincinnati que le garçon va faire ses classes. Bien sur, quelques rencontres auront un réel impact sur son répertoire futur. A ce titre, on soulignera Tony Hollins pour sa manière de marquer la rythmique. Dans une moindre mesure, pour le chant, Tommy McClennan (mort dans l’indigence la plus totale). Quoi qu’il en soit, pour l’enfant comme pour l’adolescent, dès le départ tout fut question de lutte, de survie, d’envie d’exister par delà l'adversité omniprésente. Finalement, après plusieurs années de galère, c’est en 1943 que John Lee va faire de l’industrielle Detroit le tremplin de son succès. Ses armes : une voix caractéristique. Un jeu supposé économique, mais vibrant, qui tend jusqu’à rendre les silences éloquents.

Installé dans la Motor City, cumulant les petits boulots, histoire de subvenir à ses besoins jusqu’au prochain cabaret d’un soir ou la prochaine house partie, John Lee Hooker se fait rapidement remarquer. Il faut dire que son jeu innovant, ce son aux fondations primitives et cette façon toute personnelle d’exploiter sa guitare électrique en enthousiasme plus d’un. Cependant, dans le ghetto noir si les réputations font traînées de poudre, encore faut-il être repéré par le bon producteur. Bernie Besman sera celui là. Du moins sera-t-il celui qui le fera connaître au plus grand nombre en lui faisant enregistrer Boogie Chillen*, adaptation d'un vieux titre de Memphis. Enfin la carrière est lancée et à partir de 1948 les disques vont s’enchaîner. Qu’il est loin de temps des bars malfamés, de la course au cacheton minable. John Lee est à la mode et il le restera. Il le restera même après 1953, date à laquelle le tout puissant Chicago Blues tentera de renvoyer son style terreux au rencard. Mais revenons au sujet de cette chronique : It Serves You Right To Suffer. Enregistré en 1965, ce disque est un vrai original. En ce sens qu’il met parfaitement en valeur la véritable personnalité musicale de Delta John. Ainsi, sans que l’on s’y attende, c’est une section jazz qui accompagne le maître. Et loin de dénaturer le vague à l’âme de ce blues aux accents toniques et lancinants, cette alliance va servir le génialissime sens rythmique du soliste.

L’élève de Willie Moore a grandit. Il a su s’adapter à la demande comme au marché. Néanmoins, cet enregistrement fait preuve d’une telle science du dépouillement qu’on en reste bouche bée. Composé de nouvelles versions de titres déjà rôdés par le passé, tel Shake It Baby, mais aussi de nouvelles compositions, It Serves You Right To Suffer est un moment de pure apesanteur. Varié, entrainant, sombre par moment jusqu’à puiser son inspiration directement dans la mémoire du Mississipi, cet album court brûle d’une telle intensité qu’à son contact même le temps semble marquer une pause. A l’écoute, difficile e ne pas se laisser emporter par les respirations de cette guitare, le trombone de William Wells sur Money, cette voix baignée de blues, basse, grave ou chaude, parfois éclairée par la lumière d'une fin de journée sur les rives du grand fleuve.

Au final, un disque dans lequel chaque moment compte.


* : Repris sous licence par Modern, Boogie Chillen fut vendu à plus d’un million d’exemplaires. Malheureusement, John Lee ne vit jamais la couleur des dollars liés au succès de ce morceau.


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StarChild

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