Avec Tutti Frutti, les Wampas s’étaient fait remarquer sur la scène psycho alternative. Cependant, la décision d’Alain Wampas de quitter le groupe (pour se consacrer aux Carayos, avant d’aller fonder la Mano Negra), va sensiblement modifier l’orientation de la formation. Après quelques essais le choix du remplaçant se fixe sur un bassiste du nom de Ben Sam, ce qui entraine une redirection vers un punk plus classique, sans contrebasse. Ben Sam n’est pas un bassiste surdoué. Il n’apporte pas autant musicalement que son prédécesseur, mais contrairement à celui-ci le courant passe bien avec le groupe et l’entente est réelle. Showman comme Didier, il marque les spectateurs par son énergie et sa générosité. Le groupe s’éclate sur scène comme à la ville et devient une vraie bande de potes passant des heures à jouer ou travailler leurs morceaux. Ainsi débute le premier âge d’or des Wampas qui se concrétise en 1988 par un second album. Chauds, Sales et humides est certainement un disque à faire écouter à celui qui veut appréhender la réalité du mouvement alternatif de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Un mouvement porté par une jeunesse qui broyait du noir et s’emmerdait dans les recoins de la bonne veille société. Une jeunesse désœuvrée, n’ayant plus grand chose à revendiquer derrière les grands frères de 1968, si ce n’est du fun. Une jeunesse qui soir après soir se retrouvait dans les caves et les salles de concerts pour s’oublier, s’agiter, bavarder, s’amuser et écouter tous ces petits groupes qui pullulaient alors, enchaînaient les concerts d’où l’on ressortait chaud, sale et humide après une bonne grosse séance de pogo. C’est de tout cela qu’il est question au cœur de ce CD. Le groupe joue : les psychos se déchaînent dans le public en dansant le ver de terre (la danse la plus pourrie qu’on ait jamais inventée, faut vraiment être un abruti pour avoir envie de la danser). Les potes sont là et se font charrier ("Snuff" et "Quivoron") tandis que tout le monde tourne en hurlant "Yeah Yeah !" avant de rentrer dans sa morne existence par le dernier train pour Pontoise.
Pour autant, Didier n’en reste pas là et évoque d’autres sujets au fil de ses chansons. Le premier étonnera le débutant ès Wampas. Car "Le seigneur est une fleur" n’a rien d’ironique. C’est au contraire un titre qui aurait pu être taillé pour le catéchisme ! Surprenant dans le paysage rock, mais Didier est un punk croyant. Surtout à l’époque, où il est à la limite de la crise mystique (Niko raconte qu’une chanson sur deux qu’il écrivait alors parlait de Dieu). Si on peut considérer que cela fait partie du charme du personnage, on peut également trouver cela un brin rébarbatif. Toutefois en écoutant attentivement les paroles on se rend compte que Didier se sent surtout seul (la solitude est le thème d’une bonne partie des titres tels "Bloc de glace" ou "J’ai quitté mon pays") et qu’il ne se raccroche finalement qu’à trois repères, Dieu, ses amis et le rock’n roll.
Mais n’en concluons pas qu’il soit malheureux pour autant car son chant reste souvent joyeux. Il est en tous cas toujours généreux et entraîne autant l’auditeur que ses potes musiciens. A commencer par Marc Police. Le guitariste démontre à nouveau toute l’étendue de son talent. Il régale d’une enfilade de riffs et de phrases mélodiques inventives. S’il reste souvent à la limite du psycho, le tout a pris du muscle et peut désormais servir du rock plus lourd ou du blues, avec la même nonchalance. Vitesse, amplitude, rythmique, style… ce mec était un génie ! Comme Ben Sam et Niko assurent le rythme comme des bêtes, le résultat est simplement excellent. Le son est volontairement moins propre que le premier disque, car c’est ainsi que Didier l’aime. Il faut bien dire que cela rajoute un peu plus à l’ambiance punk et glauque du disque.
Comme pour Tutti Frutti, ce second album a fait l’objet d’une augmentation de titres (10 tout de même !) enregistrés à l’époque et présents sur diverses compilations ou restés inédits. Sauf que cette fois, les morceaux sont tout à fait dans le ton, comme l’esprit du disque d’origine. Cela commence par le retour de Marilou, qui se faisait mettre à la porte deux ans plus tôt et qui est finalement restée… pour le pire (t’as l’air de quoi, au milieu des poissons ?) ! On se régalera aussi de quelques reprises : "Je Suis Un Voyou" de Coluche et "La seule", « francisation » des Ramones, une référence importante des Wampas. Sans oublier l’hommage à Buddy Holly ("Adieu à un ami"), ni trois séquences aux titres éloquents : "Touche Pipi", "Rien à foutre" et "Ouah Ouah Ouh". Un vrai plus à cet album dont les compos, l’énergie, l’authenticité des propos et de la musique en font une référence aujourd’hui encore. Et cela tant pour les admirateurs du groupe que pour le groupe lui-même. En quelque sorte, la face punk des Wampas et d’un certain rock français.