1989, Lee Dorrian, membre fondateur et accessoirement chanteur de Napalm Death, quitte ce dernier étant en désaccord avec le virage death metal du combo anglais. Un an plus tard, il forme avec Gary "Gaz" Jennings et Mark Griffiths l’étrange entité qu’est Cathedral, il est en fait le fruit de leur amour pour des groupes comme Witchfinder General, Candlemass, Pentagram mais surtout du légendaire Black Sabbath. Le projet ne mettra pas longtemps avant de proposer du concret, car c’est la même année que In Memorium, leur première démo autoproduite, voit le jour.
1999, Lee Dorrian a la très bonne idée de ressortir cette démo agrémentée de cinq titres live sur son propre label Rise Above Recors, on change une lettre et In Memorium devient In Memoriam. Les fans actuels ont alors le moyen de se replonger dans les premiers essais de Cathedral et pour ceux qui connaissent surtout les dernières sorties, ils auront l’impression de se retrouver face à un autre groupe, pas de « Oh yeah ! » sortant sans cesse de la bouche de Lee, pas de parties rythmées donnant envie de se trémousser le postérieur... Le groupe était bien différent à l’époque de ce qu’il est devenu. L’ex chanteur de Napalm Death semble prendre un malin plaisir à créer l’antithèse de son ancienne formation : une musique extrêmement lente, écrasante et mystique, « Doom or be doomed » comme il le dit lui-même. 29 minutes pour quatre chansons, cela peut paraître bien long, encore un aspect totalement opposé à la musique du groupe britannique de grind/death, ce dernier proposait rarement des chansons de plus de deux minutes, ici Lee Dorrian ose dans la durée au risque d’ennuyer son auditoire. Des détracteurs diront en baillant que c’est le cas, d’autres (plus éclairés) s’émerveilleront devant tant de génie. J’ai rapidement choisi mon camps à l’écoute du disque...
In Memorium c’est le mauvais temps, non pas celui de l’averse, mais plutôt celui où l’air est humide et pesante et où le ciel noir menaçant est sur le point d’éclater. Un sentiment d’incertitude et d’écrasement plane au-dessus de nos têtes à son écoute, bien que de timides rayons de soleil fassent parfois leur apparition, très vite ils se retrouvent éclipsés et on se replonge aussitôt dans une grisaille angoissante. Tout est là pour faire ressentir une certaine mélancolie, les riffs languissants qui se répètent sans cesse, la batterie d’une lenteur des plus inhumaines et la voix unique du sieur Dorrian, emprunte de pessimisme et d’amertume. Jamais la tristesse n’avait été aussi bien transfiguré musicalement, l’abattement moral est réellement palpable à chaque moment.
En ce qui concerne les titres enregistrés lors d’un concert en Hollande en 1991, ils sont tous issus de In Memorium et de la démo suivante (beaucoup se retrouveront d’ailleurs sur le premier album du groupe : Forest Of Equilibrium). On se rend vite compte qu’aller à un concert de Cathedral à cette époque relève du masochisme, plus ennuyant c’est totalement infaisable, mais n’est-ce pas cela qui rend le tout sensationnel et lumineux ? Qu’est ce que j’aurais aimé me faire chier au premier rang à ce concert !
In Memoriam ce n’est pas seulement un disque, c’est une expérience à part entière, quelque chose qu’on aime à renouveler de temps en temps. Bien que le véritable premier album de Cathedral se verra plus abouti, plus professionnel et recherché, cette première démo a un charme vraiment particulier de part son approche plus simpliste mais où les sentiments recherchés sont vraiment atteints. Chapeau bas.
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