Les aventuriers d'un art perdu(?). A la DASS des punkeux, l’Orphelin Noir saurait de qui il tient sans analyse ADN. Si les Ramones ne s’étaient pas éteints, ils auraient sans doute sonné comme les Black Orphan. De prime abord, Black Orphan a l’air d’une grosse blague. Tout au plus une espèce de désordre à peine cohérent desservi par des claviers bon marché, une rythmique atrophiée et des guitares à bout de souffle. Nos gars semblent avoir pris un malin plaisir à appuyer sur les pédales d’effets pour faire prendre la sauce aux structures chétives qui composent ces deux 7’’. Delay et reverbe viennent spatialiser le son général de l’œuvre en invoquant le meilleur du goth-punk dissonant des 70’s et des 80’s. Le résultat est au-delà des attentes : ils ont su capturer le cœur même de la musique punk avec des compositions obsédantes.
Circuits et Video Kids matérialisent une bourrasque enivrante de vent frais. Black Orphan vient renverser le punk antique, réinventant encore son lexique sonore par ses bizarreries électroniques et ses fantaisies vocales. Dès l’ouverture, « XX Spectrum » incite à jouer au jeu des sept erreurs, avec son gimmick de garage nonchalant qui vend la mèche, son chant incantatoire fiancé à des accords filiformes, sa rythmique répétitive et, enfin, ces sonorités rouillées, stridentes, éructées par le truchement des machines qui viennent parfaire ce tableau disharmonieux. Des profondeurs menaçantes, Black Orphan laisse échapper des filets suintant la bave primordiale punk, qu’il offre en écho sur le second disque, « Video Kids » se révélant être un tube buté, une merveille de stagnation dans la fange bourdonnante qui s’accapare les esprits à force de rythmiques qui radotent. Par moment on croirait entendre Bowie, sa voix feutrée et grave, marmonnée derrière un mur de bourdon et de grésillon ; tandis que le son lo-fi lorgne du côté des premières productions de Beck. Entracte : « Singularity », accoste ensuite les rives stoogiennes de l’épopée, avec ses grésillements, ses feedback et son solo enfumé. La mélodie étrangère d’ « Online » vient mettre le holà et nous permet d’accéder à l’autre facette du combo, celle d’une pop hallucinée guidée par les vents d’archaïques claviers. Même son de cloche sur « Mass Effect » avec son groove qui vient engluer la maigre architecture sonore et sa langueur en écho. La voix caverneuse, le synthé scintillant soulèvent une mélodie heureuse de toiser l’héritage new-wave.
Au final, un mariage nuageux, contagieux et concis aux mélodies imparables entre électronique et punk qui n’est pas sans rappeler tous ces groupes noisy pop qu'on convoque à chaque fois dans ce genre de situations. Deux EP qui laissent aller aux rêves les plus fous quant l’hypothétique sortie d’un album digne de ce nom.
| Avis de la Team | |
|  |
| Deadkal |  |
Les internautes ont la parole! : 1 message(s) Laisser un message
Stella 05/07/2009 avis:  Youhouuuuuuuuu...Encore une délicieuse découverte! MERCI. Et c'est merveilleusement bien écrit comme d'habitude. Reste qu'apparemment il est assez difficile de se procurer ces EP.
|