Certains artistes peinant à renouer avec la gloire de leurs débuts dévoilent une tendance toute particulière à se rassembler. Cette forme de solidarité narcissique est idéalement illustrée par ce supergroupe fondé sous le signe de l'abnégation. D'un côté, Ginger Baker, premier batteur vedette de l'histoire du rock, sort d'une expérience jazz rock bien valeureuse mais peu fédératrice avec le Ginger Baker's Air Force qui réunissait des collaborateurs parmi les plus prestigieux, ceci après un épisode plus marquant mais aussi plus déplorable au sein de Blind Faith, le tout sans jamais pouvoir rivaliser avec son illustre premier trio Cream. De l'autre, les frères Gurvitz, après avoir débuté très fort avec le tube "Race with the Devil" puis avec le premier album de Gun en 1968, sont gentiment retombés en seconde zone, ce malgré un semblant de nouveau départ avec Three Man Army. L'enthousiasme suscité par cette nouvelle collaboration n'est donc pas des plus débordants, que ce soit auprès des hordes mélomaniaques ou de la maison de disque dont les efforts promotionnels ne seront guère gargantuesques.
Les attentes s'avérant moindres, le résultat se révèle forcément plus agréable. L'armée Baker Gurvitz fournit une musique bien équilibrée entre les penchants jazzy du batteur et les élans plus cérémonieux du frère Adrian, les trois hommes se rejoignant évidemment sur le terrain de la pesanteur et des riffs. Le matraquage de Baker est parfois pénible au point de nuire à la musicalité plus délicate des Gurvitz, l'inévitable solo de batterie, toujours aussi facultatif, s'ajoute aux multiples cassures qui ponctuent un premier tiers de l'album très athlétique et tout de même séduisant. Le deuxième tiers se révèle plus doux, volontiers emphatique, orchestré et donc sous l'influence primordiale des Gurvitz pour un résultat tout aussi charmant. Beaucoup moins mémorable, le dernier tiers débute avec une pièce à vocation prog au sein de laquelle est contée une aventure motorisée de Ginger Baker dans un désert africain. La pénible fin du disque, marquée par un élan blues-rock brave mais anecdotique puis par une errance mélodique interminable, laisse le Religionnaire perplexe tel face à un oiseau de mauvais augure.
Les deux albums suivants confirmeront ce mauvais pressentiment par leur relative médiocrité. Le trio déjà peu prometteur s'y enfermera dans un pédant ramollissement évoquant celui de Carlos Santana. Baker n'émergera à nouveau qu'en 1986 et les frères Gurvitz retomberont à nouveau dans l'oubli. En attendant, ce premier album éponyme est à saluer même si aucune pièce ne s'y révèle réellement prodigieuse.
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