BADMOTORFINGER, OU LA FUREUR PESANTE
En cette année 1991, le vocable de grunge n’est utilisé que par une faible coterie d’initiés, notamment dans la région de Seattle. Il faut dire que, sous l’impulsion de Bruce Pavitt et Jonathan Poneman, fondateurs du label Sub Pop, une nouvelle forme de rock alternatif est en train de parvenir à pleine maturité. Certains groupes de cette mouvance, comme Pearl Jam, viennent juste de se former. D’autres, comme Nirvana, ont une histoire déjà longue. Enfin, un petit nombre a le privilège d’avoir participé à la fondation du mouvement. On peut citer les Melvins, mais aussi Soundgarden. Le Jardin des Sons est en effet l’un des premiers groupes grunge à avoir publié un EP et un album, ainsi que l’un des premiers à avoir été engagé par une grande compagnie, ici A&M Records. Les deux premiers albums, Ultramega OK et Louder Than Love ont vu le divorce entre le groupe et son public punk, tout en le propulsant vers les hautes sphères du rock. Malheureusement, le succès tarde à se faire connaître, le quatuor tournant sans interruption pour tenter de rehausser sa popularité. Soundgarden vient également de ses séparer de Jason Everman, ancien guitariste de Nirvana, engagé comme bassiste de fortune pour assurer quelques concerts. Son remplaçant, Ben Shepherd, présente un niveau technique bien plus satisfaisant.
Contrairement à un Ten ou à un Nevermind, BadMotorFinger (le titre est une référence au premier album de Montrose) est un disque sans concession, un album brûlant, fait de métal en fusion, de riffs féroces, de rythmiques pesantes. Alors que ses collègues de Seattle commencent à rendre leur musique légèrement plus pop, Soundgarden préfère incarner la pureté originelle du mouvement grunge, une pureté appelée à disparaître. C’est sans doute ce qui explique le succès moins important de cet album par rapport à ses contemporains. Pourtant, le quatuor n’a pas à rougir de sa performance. Certes, ces titres ne se distinguent guère par leurs mélodies enchanteresses, mais ils présentent une qualité rare dans la composition. Les deux morceaux d’ouverture, le véloce "Rusty Cage" et l’écrasant "Outshined" sont terrassants de beauté furieuse. Ce seront d’ailleurs les premiers à attirer l’attention d’un public large sur l’œuvre du quatuor, grâce à leur passage sur la sacro-sainte MTV. L’inspiration du quatuor est rarement prise en défaut, même si certains morceaux semblent trop longs ou tortueux pour pleinement retenir l’attention. La production, bien que convenable, reste un peu brouillonne. Ainsi, BadMotorFinger est un album parfois difficile à assimiler, un des archétypes du mouvement grunge, préférant une esthétique simple et bas de gamme aux fioritures de la décennie 1980.
Les riffs foisonnent, montrant parfois un niveau de complexité que l’on ne s’attendrait pas à rencontrer dans un groupe de heavy rock minimaliste. On retrouve ainsi fréquemment des mesures impaires, dont le célèbre 7/4 d’Outshined. Les riffs pesants de Kim Thayil rappellent les grandes heures de Black Sabbath, lorsque Tony Iommi libérait de longs fleuves de distorsion. Chris Cornell, lui, démontre son talent de vocaliste à chaque titre. Sa voix est encore juvénile, râpeuse et crissante, bien loin des roucoulades d’Audioslave. La section rythmique, bien que discrète, accomplit un travail superbe, sans jamais fléchir sous l’infernal capharnaüm des guitares. L’ensemble toutefois n’est guère facile d’accès, car le Jardin des sons n’est clairement pas axé sur les mélodies, malgré l’extrême versatilité vocale de Cornell. Il est d’ailleurs compréhensible que Soundgarden ne connaisse pas un succès comparable à ses rivaux de Pearl Jam et Nirvana, pourtant moins expérimentés. Il faut même attendre la réussite fantastique de Nevermind pour que le grand public commence à s’intéresser à BadMotorFinger. Le groupe s’emploiera ensuite à consolider ensuite sa popularité par de longues tournées sur le continent américain, notamment en première partie des Guns N’Roses, avant de dominer enfin les classements avec l’étrange Superunknown.
| Avis de la Team | | |  | | Roquentin |  | | Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 3 message(s) Laisser un message | Almahjoub 17/08/2011 avis: | 
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Le manifeste du grunge... L'esprit punk et la sauvagerie romantique d'un heavy metal indiscipliné... Un classique...
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| le_duff 02/02/2009 avis: |  |
La fin de la critique en appelle une autre... A quand Superunknown sur destination rock? Je sais le disque a 15 maintenant. L'age que j'avais quand je l'écoutais sans discontinuer. Et oui à 14 ans on est jeune et pas connaisseur on a des goûts de chiotte comme on se plaît à le dire à l'encontre des petits cons qui adulent Tokio Hotel aujourd'hui. N'empêche que ce disque et Badmotorfinger que j'ai acheté dans la foulée je les aime toujours autant 15 ans plus tard. Et dès cette époque j'avais le sentiment que Soundgarden était nettement supérieur à tous les autres groupes de la scène de Seattle. Cette impression n'a jamais été démentie et même au contraire. Un peu de culture musicale, d'ouverture d'esprit et de critique et voilà... Aujourd'hui je suis fan de Black Sabbath après avoir écouté les disques de Soundgarden. C'est un groupe définitivement sous-côté qui a porté quelque chose de neuf, de profond, de sincère avec talent dans une marée grunge finalement très creuse.
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| Seijitsu 03/01/2009 avis: |  |
Ah enfin du Soundgarden sur Destination Rock ! En effet voilà un disque qui peut particulièrement rebuter l'amateur lambda de rock avec sa production sale et massif. Des guitares stridentes et un Chris Cornell qui hurle souvent avec rage, et pourtant c'est sûrement un des meilleurs disques de grunge voire de rock qui est sorti ces dernières années. Bonne chronique sauf peut être la note où je préfère lui mettre un bon gros 9.5/10 des familles.
La tuerie de l'album: le très cacophonique Jesus Christ Pose qui est sûrement une des meilleures chansons du groupe
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