Avant toute chose, je n’aime pas Pearl Jam. Je n’ai jamais été ému par la force vitale, la rage presque adolescente de Ten, monument effrité d’un grunge qui m’a toujours laissé froid. Mes oreilles n’ont pas frétillé non plus lorsqu’elles furent soumises à Yield, le virage musical qui s’enfonce profond dans la maturité. Et je n’ai jamais écouté les autres. Non, pas de Vs ni de Vitalogy dans mes playlist. Rien à foutre en fait. Nan franchement - et ça me vaut la raillerie de mes compagnons de route - Pearl Jam me laisse froid comme un iceberg. On me rétorquera alors que c’est un groupe à voir sur scène. Mais leur dernier passage en France remonte à un siècle, ou presque, il ne nous reste alors que leur dispensable discographie. Ils sont datés, figés dans leurs baskets pump, estampillés 90’s. Comme Mookie Blaylock, le petit meneur de poche des Kings de Sacramento que le groupe admirait à l’époque et qui fut leur premier nom de scène. Pour ma part j’ai toujours préféré Clyde Drexler coté balle en cuir et main au panier. Décidément, on n’était pas fait pour s’entendre.
Et puis vint Backspacer. Tard, très tard. Ten vient de se faire un lifting, délestant les anciens de la génération X de quelques euros (parfois par centaines pour ceux qui se sont fait le menu maxi best of avec photos, pass, vinyle et sous-vêtements du groupe inside) et tonton Eddie s’est rendu ultra célèbre en signant la magnifique et chiante B.O. du magnifique et chiant Into The Wild de Sean Penn. Bref, voici le moment d’enfoncer le clou et de publier un neuvième album que personne n’attendait et probablement récolter de nostalgiques applaudissements, timides et forcés de la part de fans restés bloqués à la période casquette ringardes et chemises de Neil Young trop grandes pour les petites épaules de junkies du quintet.
Mais voilà que j’ai été trop médisant, trop sûr de moi. Car, avec ce Backspacer nouveau, Pearl Jam brille de mille feux, comme… Et bien comme jamais. Produit par Brendan O’Brian, qui avait déjà poussé les boutons pour Yield, l’opus résonne de multiples richesses sonores, s’autorisant cordes, piano et tout le tintouin sur « Speed Of Sound » mais aussi le son le plus dépouillé – country dans l’esprit – sur la superbe « Just Breathe » qui n’est pas sans rappeler ce que Vedder a proposé dans la B.O. d’Into The Wild (magnifique, oui; chiante mais magnifique). Le reste est un florilège de rock garage, joué pied au plancher pour les premiers morceaux du disque puis proposé avec un tempo plus appaisé, au fur et à mesure que les chansons s’égrènent. Le travail fantastique de l'ex-Soundgarden, Matt Cameron à la batterie mérite d’être souligné, à croire qu’il aura fallu au combo user de quatre hommes pour en trouver un qui sait faire rêver. Les amateurs de six cordes retiendront « Get Some » et son riff emprunté – comme un hommage – au « Gimme Danger » des Stooges, son solo véhiculant à lui seul plus d’émotion que les geignements aseptisés de Ten. Il sera pardonné à Pearl Jam les handclaps et arrangements trop faciles sur l’inégal « The Fixer » aux breaks pourtant monstrueux, chacun se recentrant sur la rage intacte de « Supersonic » toute slide dehors.
Backspacer est le meilleur album de Pearl Jam qu’il m’ait été donné d’entendre, et de loin. Il présente avant tout l’avantage d’être court et de ne pas s’encombrer d’un embonpoint musical qui aurait rendu l’écoute bien plus pénible. Les instances compétentes m’indiquent que cet opus s’inscrit finalement dans la continuité de l’album éponyme précédent. Tiens, voilà un bon argument pour aller jeter une oreille à un autre disque des américains. Je n’aurais jamais cru dire ça de nouveau…
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