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©Warp

STYLE : IDM

DU MÊME ARTISTE :

Autechre - Tri Repetae - 1995

1Dael
2Clipper
3Leterel
4Rotar
5Stud
6Eutow
7C/pach
8Gnit
9Overand
10Rsdio

      Deadkal


19/10/2009    

Autechre, c’est un duo de bâtisseurs avant tout. Leur principal talent, c’est celui-ci : empiler des éléments les uns sur les autres. Certains enfilent les mélodies, les harmonies, les rythmes, ou tout simplement les notes. D’autres les encastrent, les font se télescoper. Autechre, lui, les empile. Tout simplement, des boîtes les unes sur les autres. Avec d’autres, en particulier les artistes signés sur le label Warp comme Aphex Twin ou Black Dog, ils lançaient alors l’idée d’une musique d’écoute intime et contemplative, loin des déhanchements des dance floors et autres raves. Derrière le sigle IDM, pour Intelligent Dance Music en opposition à l’IBM, on nous promettait une expérience auditive d’intelligence artificielle, oh combien jouissive et douloureuse à la fois. Il n’y’a pas à dire, cette vision de la musique ne pouvait que séduire le misanthrope avide de compositions complexes et élitistes que je suis. Avec Autechre s’insinue cette image qu’on possède tous une parcelle de l’œuvre, cette vérité qui ne saurait être le fait d’une consommation de masse.

Avec Tri Repetae, Rob Brown et Sean Booth faisaient fort. Car là où nos deux prestidigitateurs créent l’illusion, c’est dans leur capacité à faire en sorte que ces boîtes paraissent habitées par un libre arbitre. A l’écoute on ne sait vraiment plus si c’est notre propre interprétation qui nous joue des tours, recombinant notes, codes, structures à notre insu, ou si vraiment la musique se meut dans les moindres recoins de nos tympans. Nous voilà médusés, de la même façon que le touriste de la Vallée de la Mort l’est à chaque fois devant le numéro de patinage nocturne auquel les rochers s’adonnent une fois les dernières paupières closes. Sur ce troisième opus, le duo s’inscrit quasiment dans le prolongement du constructivisme avec cette débauche de sons anguleux, stridents et tranchants comme des silex, lâchés presque aléatoirement sur des structures géométriques. Pour autant, on reste émerveillé par cette paradoxale musique faite à la fois de complexité et de sobriété, parce qu’une fois passée la première lecture, on se détache progressivement des sombres calculs pour évoluer dans l’espace illimité de notre propre esprit : car cette musique s’adresse à l’âme toute entière et ne saurait être réduite à un numéro de masturbation ostentatoire.

La machine grondante « Dael » confirme l’évolution d’une fibre aux frontières de la rébellion esthétique, de l’abstraction et de l’art des bruits, annonçant les déconstructions à venir. Le duo semble se livrer à un jeu d’absences combinant pochette minimale et musique minimale ; des infimes variations d’écoulement sonores séduisent lentement les neurones et les font glisser dans un rêve transparent. Cette partition de l’inouï se poursuit à travers deux titres, « Rotar » et « Stud », emblématiques de cette incursion d’éléments noisy et mécaniques dans leur musique. Ainsi les textures comateuses laissent les coudées libres aux Anglais pour faire se télescoper ces architectures syncopées, fracassées sur un mur de nappes enveloppantes. Autechre se joue du hasard comme jadis John Cage, développant mélodies érémitiques et rythmiques gyrovagues. Tout comme sur « Clipper » le groupe y affirme son goût pour la dynamique des sons industriels immersifs et tactiles. Car plus que tout autre sens, c’est sans doute le toucher qui caractérise le mieux leur musique : Autechre joue clairement sur les surfaces et les textures. Sur ce même terrain la géométrie générale d’ « Eudow » prend une inflexion brutale, en faisant mentir et bégayer le rythme dans un joyau de radicalité, un flash de lumière blanche hystérique qui confine au mysticisme et qui prend son envol sur une base mélodique des plus séduisantes. A lui seul, ce titre abrite les bribes de souvenirs métaphysiques de milliers de nuits passées sur les pistes de danse.

Écouter cet album c’est faire l’effort de se mouvoir à travers un espace à l’architecture complexe et raffinée. C’est aussi s’impliquer et accompagner cette esthétique au-delà de la simple écoute, des années durant pour en saisir les moindres changements. Tri Repetae est un monde en mouvement, forcément transitoire ; un polyèdre convexe irrégulier qui délivre un message différent suivant l’angle d’écoute. Une véritable merveille de l’électronique.


Avis de la Team
Deadkal
Roquentin

Les internautes ont la parole! : 1 message(s)    Laisser un message

François  18/10/2009    avis

Grand disque d'Autechre. Grand disque du label WARP. Grand disque de musique électronique. Grand disque tout court.



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