 ©Nonesuch
STYLE : Garage-Blues
DU MÊME ARTISTE :






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The Black Keys - Attack & Release - 2008
| 1 | All You Ever Wanted
| | 2 | I Got Mine
| | 3 | Strange Times
| | 4 | Psychotic Girl
| | 5 | Lies
| | 6 | Remember When (Side A)
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| 7 | Remember When (Side B)
| | 8 | Same Old Thing
| | 9 | So He Won't Break
| | 10 | Oceans & Streams
| | 11 | Things Ain't Like They Used to Be
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Pour le simple touriste en vacances qui se retrouverait devant une façade délabrée sans fenêtre, les juke-joints du Delta du Mississipi sont des lieux insalubres où l’on joue une musique du prolétaire. Un lieu où l’on ne reste pas, où de toute les façons les blancs ne sont pas les bienvenus, surtout s’ils prennent des photos ou pénètrent à l’intérieur avec l’attitude conquérante d’un patron de champs de coton. Il faut, pour être accepté, montrer patte noire. Commencer à parler de Son House et de Charley Patton, ne pas hésiter à accepter un pas de danse. On vous le demandera ici, de faire vos preuves en la matière Blues. Regards aux tempes. Ici, on se soumet aux règles. On parle des légendes au présent. Un imprévu est si vite arrivé qu’ils nous le disent, en rappelant l’histoire du Three Forks, pas loin de Morgan City, où Johnson fait le malin avec la femme du voisin ; il y avait longtemps, il y a une fois. Cet énigmatique dangereux qui fait suer, c’est le passe-droit pour comprendre Clarksdale et son crossroads de la route 49 et 61. C’est dans la chaleur de ce lieu exigu, enfiévré par la Stratocaster d’un vieil homme ridé et sa voie broussailleuse chantant Me and the Devil Blues, à moins que ce ne soit avec l’effet conjoint du bourbon, c’est ici, dans ce juke-joint étouffant, qu’une Amérique libère sa souffrance et pleure les femmes perdues-ou revenues, depuis l’avant-guerre. Dans l’ombre.
Les Black Keys ne font pas du blues. Ce n’est pas le mot. Comprenez, ils l’explosent. Les racines, c’est Junior Kimbrough, Chulahoma, le Delta du Mississipi, l’electric blues de Chicago, le bayou aux moustiques, la blue note, le power chord d’une Fender et les vinyles de Son Records. Mais c’est aussi l’énergie des Sonics, les chemises à carreaux du grunge, la Deep Soul du label Stax, les westerns de John Ford, le dynamitage de Jon Spencer, les bizarreries de Captain Beefheart et les riffs de Jimmy Page. Ce ne sont pas les mots, comprenez, Auerbach et Carney diluent le blues, comprenez, il y a eu perte et gain dans l’histoire, comprenez bien, différence. Le blues traditionnel d’un Sweet Tea du divin Buddy Guy ne trouverait pas sa place dans la liste et dans les marécages mouvants dans lesquels les touches noires prennent eux leur pied. Ils pourraient entrer au Junior’s Place sans crainte d’être regardés par des yeux suspicieux, certes. Ils ont le bagout adéquat, des mojos et le talent. Mais eux préfèrent tracer leur propre route à l’envers du conservatisme. Jusqu’à s’éloigner sans perte de dignité du crossroads des routes 49 et 61 pour aboutir à Hollywood, ce cinquième album en main.
Attack & Release est produit par Danger Mouse, la hype du mixage, entre autres les derniers Gnarls Barkley, Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen. Un aller direct pour les overdubs, le Pro Tools, les arrangements modernes, pour ceux que l’enregistrement d’un album se doit d’être fait en deux jours avec un quatre-pistes coincé entre la cuisine et les chiottes. Une hérésie ? Certainement pas. On a omis de dire que depuis The Breaks sur The Big Come Up ou la pochette urbaine de Rubber Factory, les Black Keys sont des hommes du présent, intégrant jusqu’au hip-hop dans la six cordes, parfois au nombre de quatre dans des productions qui allient la spontanéité du garage-rock aux technologies les plus récentes. Du mi-fi comme le duo aime nommer leur musique. Qu’ils ne se croisent définitivement pas au crossroads de Clarksdale, mais sur un carrefour imaginaire artistique, aux confluents des genres, au croisement des possibles. Décidément, la grande affaire de ce début de millénaire. Bien des musiciens du présent, le duo d’Akron.
C’est peut-être que la ville où ils résident a donné naissance à Devo et non pas à Muddy Waters qu’ils ont ainsi les yeux tournés dans le passé mais refusent de s'aliéner à un genre. Les Black Keys ne sont pas des pro-blues bien qu’ils lui rendent hommage avec toute l’irrévérence de mise qui fait les grands artistes, de John Lee Hooker à Jon Spencer, en permettant de perpétuer le mouvement sans l’étioler. Si l’on pouvait craindre dans Attack & Release la contradiction d’un garage-blues rupin avec aux commandes Danger Mouse (qui a soumis à l’opulence jusqu’à l’anti-folk Beck sur, quel titre adéquat, le bouffi Modern Guilt), Auerbach et Carnley ne sont pas tombés dans le piège des machines et des arrangements luxueux. A vrai dire, la ruralité est toujours aussi présente dans cet All You Ever Wanted d’ouverture, les riffs toujours aussi gras et crasse sur I Got Mine et Strange Times. A dire vrai, s’il y a présence d’usines et d’immeubles bétonnés fastes, c’est en arrière plan, en overdubs discrets ; des chœurs, un clavier, des gouttes d'eau sur l’habité Oceans & Streams. Pas de grande révolution à la formule du duo, mais une échappée bienvenue après quatre albums monolithiques. Plus varié que ses prédécesseurs, Attack & Release explicite ainsi le talent de songwriting de ses auteurs, passant d’atmosphères hypnotiques de blues du Sud en cavalcades riffiques avec la même dextérité. C’est bon, c’est classe, ca surprend sans détonner, ca manque un peu d’ambition dans la nouvelle direction amorcée, aussi. On aurait pu aboutir à l’équivalent d’Odelay pour le blues, on reste finalement dans le bayou, à se faire piquer par les mosquitos. Ca n’est pas pour nous déplaire.
| Avis de la Team | | |  | | Roquentin |  |
Les internautes ont la parole! : 1 message(s) Laisser un message | FeedBack 24/01/2012 avis: | 
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Très bon album, très bonne chronique, rien a dire de plus.
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