Le succès populaire n’est pas vraiment au rendez-vous pour At the Drive-In, même après la sortie de In/Casino/Out. Mais le groupe le souhaite-t-il ? Rien n’est moins sûr. Les albums semblent n’être que prétextes à d’interminables séries de concerts dans les salles mal famées des Amériques. Le groupe ne s’arrête que pour enregistrer à la va-vite un EP quatre titres, Vaya, avant de repartir pour une nouvelle tournée, se faisant ainsi remarquer en première partie de Rage Against the Machine. Ce n’est qu’au début de l’année 2000 que le quintette rejoint les studios Indigo de Malibu afin d’enregistrer son troisième album. Cette fois-ci, le groupe va passer un peu plus d’un mois sur son œuvre, bien plus que pour tous ses précédents disques. Le fameux Ross Robinson, producteur de Korn, Limp Bizkit et Machine Head, accepte avec enthousiasme de réaliser l’album, tandis qu’Iggy Pop s’invite sur quelques titres. Les ingrédients étaient réunis pour faire du troisième opus d’At the Drive-In un succès d’estime ; il sera bien plus que cela. A sa sortie, Relationship of Command s’infiltre dans le sacro-saint Billboard, et se glisse avec volupté dans le top 40 anglais. At the Drive-In devient du jour au lendemain la coqueluche du rock alternatif américain, et se voit invité dans les talk-shows les plus prestigieux. Pourtant, alors que le triomphe semble à portée, le groupe n’a plus que quelques mois à vivre. Triste et sublime destin que celui d’un groupe sabordé au plus haut de sa gloire…
Dès les premières notes d’"Arcarsenal", l’auditeur est pris dans un tourbillon sonore massif et surexcité, dont l’ampleur ne fera que croître. La batterie vrombit avec fureur, soutenant une basse d’une force arrogante et des guitares aussi charismatiques qu’excentriques. En un seul morceau, At the Drive-In vient de dépasser, en termes de production et de composition, l’ensemble de sa discographie passée. Cette excellente première impression ne fait que se confirmer par la suite, jusqu’à l’arrivée du fameux single "One-armed Scissor". Brutal et éclectique à la fois, ce titre bénéficie de la puissance vocale hors du commun de Bixler-Zavala, qui évolue entre agressivité pure et tentations mélodiques. L’ampleur sonore de Relationship of Command dépasse de très loin celle de ses prédécesseurs, avec notamment une batterie qui n’a rien à envier aux productions les plus prestigieuses de l’époque. Pourtant, la musique d’At the Drive-In n’est pas plus accessible qu’auparavant, bien au contraire. Atypique, nerveux et déroutant, le style du quintette n’est dépassé en étrangeté que par les textes de Cedric Bixler-Zavala, plus hermétiques que jamais, aussi obscurs que les poèmes les plus cryptiques de Michael Stipe. Cette complexité formelle est toutefois brillamment compensée par un pouvoir d’accroche brillant, dépassant de loin ce que l’on peut entendre sur Acrobatic Tenement et In/Casino/Out.
Omar Rodriguez-Lopez et Jim Ward s’en donnent à cœur joie, signant ici l’une de leurs prestations les plus éclatantes. Rodriguez-Lopez, en particulier, commence à développer son style si particulier, mélange d’éruptions technologiques et de mélodies atypiques, un style qui prendra toute son ampleur au sein de The Mars Volta. Toute l’inventivité du groupe est concentrée dans le superbe "Invalid Letter Dept.", regroupant des éléments de hardcore, de punk mélodique, de rock progressif, de rock alternatif et de rap, sans pour autant paraître illogique ou décousu. L’équilibre atteint est tellement subtil qu’il semble en perpétuel danger. Il apparaît par conséquent légitime de se demander si le groupe s’est séparé après s’être enferré dans une impasse d’où il ne pouvait sortir… Les déclarations de Cedric Bixler-Zavala vont en ce sens. Lors de l’épuisante tournée qui suit la parution de Relationship of Command, émaillée d’innombrables incidents, Bixler-Zavala et Rodriguez-Lopez annoncent leur décision d’arrêter l’aventure, terminant dans l’acrimonie la première partie de leur carrière. At the Drive-In aura duré huit années, durant lesquelles il a redéfini les limites du post-hardcore. Mais il faut croire que les limites du style étaient trop étroites pour le groupe, qui s’est séparé après son troisième album, son meilleur…
| Avis de la Team | |
|  |
| PinkZeppelin |  |
| Roquentin |  |
| Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 0 message(s) Laisser un message