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Ash Ra Tempel - Seven Up - 1972

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      Deadkal


19/10/2009    

C’est accompagné de Timothy Leary, le prophète du LSD, promoteur des « désinhibiteurs d’esprit » et de l’ouverture des consciences humaines, que Seven Up, disque allumé s’il en est, fut dirigé et conçu. Réfugié en Suisse, poursuivi par la CIA, on peut se demander quelles étaient franchement les chances pour qu’il enregistre un disque avec la troupe allemande des Ash Ra Tempel, sinon par le truchement de cet opportuniste et illuminé qu’était Rolf Ulrich-Kaiser, le patron des labels Cosmic Couriers et Ohr Records. Au début des années 70, Ash Ra Tempel était cette formation à géométrie variable tournant autour de Manuel Göttshing, qui avait accueilli le temps d’un album le transfuge de Tangerine Dream, Klaus Shulze. Ash Ra Tempel s’était fixé comme d’ordre d’emmener le protometal de détroit au-delà, de pousser le free rock dans ses derniers retranchements, jusqu’à son aboutissement, dans les abîmes éthérés de la musique cosmique.

Ce fut donc en Suisse que se déroula ce qui devait être une véritable rencontre des esprits. Kaiser, le producteur le plus en vue en Allemagne s’était mis en tête de pousser le concept psychédélique à son paroxysme. Sa nouvelle idée est désormais d’enfermer en studio ses musiciens, les charger en LSD, enregistrer tout ce qu’il peut en sortir et retravailler la matière si besoin est afin de réaliser la bande sonore du trip parfait. Outre Leary, Kaiser et son ingénieur Dieter Dierks, la troupe comptait la présence de Brian Barritt, le poète psychédélique anglais, compagnon de route de Leary, à laquelle s’ajoutait une série de chanteurs. Dans le studio bernois s’amassait désormais près d’une quinzaine de personnes. Les idées de Barritt allaient constituer les mots d’ordre des sessions d’enregistrement. Selon sa conception, l’album fut divisé en deux parties, Temps et Espace, entre blues saturnien et space rock. A l’écoute de « Space », on comprend aisément où des groupes comme Acid Mothers Temple - remarquez l’hommage appuyé - sont allés chercher leur inspiration. Cette épopée bluesy de plus d’un quart d’heure se fraie un chemin entre free rock et fusion funky comme la concevait le Funkadelik des débuts. Un rock tortueux limite chaotique, où sont conviés comme invoqués les Stooges, Hendrix ou les Stones dans ce qu’ils ont de plus enragés ; un rock parcouru de comètes qu’on imagine façonnées par ce magicien aux mains d’or qu’est Dierks. Ironiquement, « Time » est le plus cosmique des deux et le moins rythmé comme suspendu dans le temps. Il se place dans le prolongement des expériences kosmische du label ohr et de Tangerine Dream, rapprochement accentué par la présence de Steve Schroyder, organiste des Tanz.

Harmonie, ouverture et détachement traduisent bien l’impression qui se détache de ce disque. En contradiction avec la théorie de la relativité d’Einstein sur l’espace-temps, Ash Ra Tempel créait deux entités distinctes, l’une planante, l’autre plus rock, deux facettes constitutives d’une cosmogonie qui n’aurait cesse de fasciner et d’influencer les musiciens de ce bien-nommé space rock.


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