Avec une pochette sylvestre et un titre bourré d'orignalité, Iszoloscope a tout du groupe black-metal pan-gaullois guerrier néo-nazi de l'espace. Il n'en est rien, dieu merci, preuve qu'il faut se méfier des évidences. Iszoloscope est un one man band québécois, totalement obscur dans nos contrées, sans prétention (je dis sans prétention parce que ce détail à son importance, on le verra) et fait du -roulement de tambours- power noise. Pour ce qui est de décrire ce genre, c'est très simple, vous prenez power comme dans power metal (genre Symphorce, pour force, tu vois ?) et noise comme un bon vieux Merzbow (ou les grésillements immortels dans l'espace infini de la torture). Iszoloscope a cette petite saveur de violence gratuite retro que j'appréciais tellement quand j'étais marmot, avec la vague des légendaires compilations Explicit Bass Drum. Sauf qu'Iszoloscope, ça va plus loin, et sous son air de rien du tout (mon dieu, ce titre et cette pochette, j'en démord pas) voire de moins que rien, le chum Yann Faussurier nous offre ce double album qui tue, une petite mine électronique enfouie sous la poussière depuis 2003 et qui n'attend qu'une chose: le premier pas de l'auditeur.
Au Seuil du Néant est un disque méchant, vicieux, fantastique, groovy, chaud, sensuel, érotique, indécent, mégalomane, terrifiant, génial. Méchant par sa folie rythmique qui nous renvoie à l'âge d'or (années 90) du indus-hardcore. Groovy parce que cette rythmique technoïde enveloppée dans une sorte de cocon sonore et légèrement ralentie contient un potentiel de jouissance quasi divin. Fantastique pour son nappage dark ambient proprement envoûtant façon messe d'apocalypse festive chez les témoins de Jehovah un 21 décembre 2012. Terrifiant et débauché pour les mêmes raisons, car quand la cadence s'arrête sur la montée de -28C° and Falling la seule attente d'un plaisir qu'on sait primitif et binaire suffit, sur fond d'alarmes vocodées, au plaisir lui même. Au Seuil du Néant, tout en étant d'une simplicité désarmante (...cette pochette, ce titre !) est extrêmement évocateur. Faussurier suit un plan simple et précis, une atmosphère se met en place, la tension monte jusqu'à atteindre son paroxysme cybernétique, tout ça avec la candeur d'un gosse qui découvre l'éjaculation, puis ça s'alourdit parfois jusqu'à sonner comme une dub music décadente (32 Hours of Eternity), quelques notes de hasard car parfois la rythmique repart sans prévenir, et même ce hasard reste délicieusement prévisible. Mégalomane enfin, parce que cette formule va s'étendre sur deux disques, le second étant un remix du premier en plus subtil, plus ambiancé, plus moderne, plus électro et proprement cinématographique, une sorte de double démoniaque (démoniaque parce qu'également plus violent), une masse rigide parasite qui pénètre l'oreille et s'empare du système nerveux et vous n'êtes déja plus qu'un pantin agité bavant sur la moquette du salon. Loin d'être un commentaire inutile du premier volume, ce jumeau bagarreur semble vouloir si ce n'est sa place, du moins sa tête. Deux tomes se font face qui se détestent cordialement, et la musique s'en ressent.
Iszoloscope est l'exemple même de l'anti OVNI, un artisan de la brutalité qui rassemble consciencieusement des morceaux de trucs rodés où tout semble avoir été dit, à des années d'un Venetian Snares par exemple, l'ascèse du boum boum mais avec de l'ambient et une démarche de moine fanatique pour un cocktail molotov hardcore de cathédrale. Le second disque est là comme un cadeau. Merci.
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