Bien plus apprécié de l'autre coté de l'Atlantique, Procol Harum y passe la majeure partie de son temps. Le groupe débute même l'enregistrement de son troisième album à Los Angeles avant d'être invité à le poursuivre aux célèbres studios d'Abbey Road. Gary Brooker y donne le jour à son chef-d'œuvre, une pièce que le Religionnaire considère comme la plus belle chanson du monde. Quiconque daigne s'y confronter ne peut que succomber à cette mélodie extraordinaire destinée à faire naviguer l'esprit au sein d'un funeste mais fascinant désespoir. Manier la thématique marine demeure depuis toujours un exercice des plus périlleux, souvent source d'odieux clichés et d'autres déplorables poncifs, mais la poésie de Keith Reid illumine ce titre de la plus belle manière qui soit. Sans aucune formation classique, Brooker mène divinement son orchestre à cordes dont les majestueuses vagues contribuent encore davantage à faire éprouver ce sentiment d'errance et de solitude propre au navigateur. Cette prodigieuse création arrive à point nommé pour son compositeur qui doit faire face aux ambitions croissantes de l'organiste Matthew Fisher et du guitariste Robin Trower. Ces derniers souhaitent davantage s'impliquer en tant que compositeurs, comme chanteurs, et le premier gagne enfin ses galons de producteur. Les deux créations de Fisher sont, à l'exception du fameux "A Salty Dog", de loin les plus inspirées du disque. Le majestueux "Wreck of the Hesperus" le révèle lui aussi en excellent vocaliste et chef d'orchestre à travers une des plus grandioses escapades de Procol Harum. Le plus mélancolique "Pilgrim's Progress", élaboré sur le même modèle bachisant que "A Whiter shade of Pale", renoue avec la beauté maussade typique du groupe et irresistible.
Robin Trower fournit en revanche des échantillons moins savoureux dont un bien malheureux nommé "Juicy John Pink". Ce blues particulièrement banal illustre parfaitement le malaise croissant du guitariste au sein d'un groupe qui semble pousser le rock au-delà de ses frontières plutôt que le faire régresser vers ses pulsions blues primitives. Sa seconde création est quant à elle plus élaborée, admirablement chantée et riche de ses admirables prestations de soliste, mais elle reste malgré tout barbante et rudimentaire comparée au reste du disque. Parmi les autres compositions de la paire Brooker/Reid, le Religionnaire distingue aisément le massif et implacable "The Devil Came From Kansas" et le plus cocasse "Boredom" dont la mélodie de marimba est aussi inoffensive qu'attachante. Son manque évident de consistance n'empêche pas A Salty Dog de briller et de révéler à nouveau les progrès de la formation. Les deux prestations orchestrales qu'il renferme sont inégalées et à considérer parmi les grands sommets du rock ambitieux. Cet album aux airs marins est le premier du collectif à rentrer dans le classement anglais et demeure volontiers considéré comme sa plus grande réussite. Quelques mois plus tard, Procol Harum est convié au festival de Woodstock mais ne peut malheureusement honorer cette invitation. Une telle apparition, juste avant Crosby, Stills & Nash, aurait probablement bouleversé le destin du groupe, ses membres s'en mordront d'ailleurs les doigts. Un malheur n'arrivant jamais seul, alors que la talentueuse bande est enfin encensée par les critiques britanniques, Matthew Fisher et le bassiste Dave Knights annoncent leur départ. L'ascension de Procol Harum semble ainsi déjà fortement contrariée…
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| Religionnaire |  |
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| Eeguab 27/12/2009 avis: |  |
J'aime énormément entre autres The Wreck of the Hesperus.
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