Arena est le troisième album de l’ère John Payne. Celui-ci avait l’incroyable prétention de succéder à l’irremplaçable John Wetton mais mettons les choses au clair tout de suite : en tant que compositeur et interprète, Payne n’a strictement rien à lui envier. De plus, Payne est un excellent producteur. Il va moderniser le son d’Asia en combinant pop, rock et néo-prog. Alors certes, ce genre d’évolution n’est pas de celle que l’on salue ouvertement dans la mesure où il n’y a pas vraiment d’innovation sonore ni de prise de risque. Cela peut même aller jusqu’à l’agacement. Ainsi vont les choses.
Dorénavant, Asia c’est le duo « Downes Payne » et en composant Arena, ceux-ci n’ont pas recherché le titre calibré à succès. Déjà que du temps de Wetton, Asia n’était jamais parvenu à renouer avec le succès commercial de « Heat Of The Moment », croyez-vous vraiment que 15 années plus tard, Downes & Payne aient que ça à faire de vouloir encore courir après des chimères ?
Non. Downes & Payne ont d’autres projets et ils vont faire appel à des invités pour les réaliser. Pour Arena, nous aurons droit à une fine équipe : les guitaristes Elliott Randall (!) et Aziz Ibrahim (Simply Red, H band), le batteur Michael Sturgis (déjà présent sur Aqua et Aria ; Wishbone Ash, 21 Guns…), le célèbre percussionniste Luis Jardim (!) et le guitariste Hotei Tomoyasu (auteur du thème du film Kill Bill). Ces invités vont insuffler tout leur feeling et toute leur personnalité à Arena. Grâce à cela et à l’orchestration magistrale de Downes & Payne, Arena est un album qui a une âme.
Vous n’êtes pas convaincus ? Alors, glissez le cd dans le lecteur, glissez-vous dans un bon fauteuil, fermez les yeux, oubliez qu’il s’agit là d’un album estampillé « Asia » avec les préjugés qui vont avec, et écoutez…
La musique d’Arena est chaleureuse, enivrante. L’ambiance, les sensations et les émotions que l’on découvre dès les premières mesures de l’instrumental « Into the Arena » révèlent l’attention particulière portée à l’élaboration des mélodies. La guitare de Hotei Tomoyasu associée aux percussions de Luis Jardim, a un effet hypnotique, un envoûtement qui nous plonge dans une sorte de bien être et d’euphorie. Sans même s'en rendre compte, on glisse doucement vers les premières mesures du morceau eponyme, « Arena ». La magie qui s’en dégage, on la doit à l’ajout d’une touche de rythmes latinos venant colorer de façon unique le registre pop rock d’Asia. Après deux ou trois écoutes, il devient presque impossible d’écouter « Into the Arena » sans enchaîner ensuite sur Arena, ou alors d’écouter Arena sans avoir écouté avant « Into the Arena ». Grand moment que ce début d’album.
La magie fait son effet. « Heaven » et « Two sides of the moon » prolongent un peu plus le transport de l’auditeur. Le caractère multi tempos de « Two sides… » n’est pas étranger. Le titre se finit d’ailleurs par un jam reggae du plus bel effet.
Puis le ciel s’assombrit… Les claviers annoncent une ambiance lourde et oppressante : « The day before the war » ! LE chef d’œuvre de cet album. A l’image de « Two sides… », « The day… » comporte plusieurs tempos, mais le tout est nettement plus intense. Une introduction hard rock succède aux nappes de claviers, la violence de la guerre se déchaîne… Puis la colère retombe. La voix sublime de Payne, portée par les claviers, la guitare acoustique et la basse, évoque ce qu’était la vie les jours avant la guerre… Le titre se finit par une atmosphère qui redevient oppressante : la guitare de Randall qui s’exprime dans tout son feeling… Quel titre !
Toutes les compositions d’Arena n’ont toutefois pas la même intensité et on appréciera même de faire une pause avec « Never », « Falling » et « Words ». Leur côté plus passe-partout fait retomber l’intense émotion véhiculée par « The day… ». On aimera toujours la qualité des mélodies ainsi que le chant de Payne.
Dernier grand moment de cet album, « U bring me down » est un titre envoûtant, soutenu par un son de guitare heavy bien senti. Le champ de Payne est là encore d’une grande subtilité. Pour la petite histoire, c’est Aziz Ibrahim qui a donné cette sonorité heavy à la guitare. Selon Payne : « Aziz is definitely the hard rock/heavy metal player on the album (...) » Surprenant, non ?
Enfin, « Tell me why » et « Turn it around », un peu typés AOR ainsi que l’instrumental « Bella Nova » (avec ses sonorités « Bontempi », ce titre raisonne comme un générique de fin d’un documentaire) viennent clôturer l’album. Les rééditions d’Arena seront augmentées d’un titre bonus « That season » qui n’avait pu figurer dans le pressage original. On le retrouvera ultérieurement sur Archiva II. Sympathique et gorgé de feeling, il aurait pu constituer une alternative à « Bella Nova » en guise de clôture.
Arena à lui seul, apporte plus à toute la discographie d’Asia que tous les autres albums réunis. Il est grand temps de le faire découvrir ou redécouvrir au public, notamment à l’heure où l’Asia des origines se reforme ce qui aurait tendance à occulter le travail accomplit par Payne durant ces années au sein d’Asia.
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