Ce premier effort est brandi depuis sa sortie tel un futur album prog de l’année 2010 et la formation anglaise se voit logiquement considérée comme le nouveau grand espoir d’un genre qui ne serait finalement pas mort il y a 35 ans ni voué à une éternelle nostalgie. Le premier des mélomanes sait bien qu’aujourd’hui en matière de rock, la nouveauté se fait rare et n’est surement pas à chercher sous l’étiquette "prog". Cependant, une certaine prophétie matrixienne persiste dans le milieu et la vaine attente d’un élu ne fait qu’en renforcer la foi d’année en année. Si Haken ne révolutionne aucunement le genre, il procure une impression de nouveauté grâce à une habile stratégie d’hyperéclectisme. Comme la plupart de ses rivaux contemporains, le groupe emprunte au deuxième degré : il s’inspire ouvertement de collectifs nostalgiques qui eux-mêmes puisent dans le répertoire des vielles gloires du rock progressif. Cependant, Haken ratisse large, du pseudosymphonisme propret des formations scandinaves au metal masturbatoire de Dream Theater, des sages digressions jazzy de The Tangent aux cocasseries zappaesques de Beardfish. Les passages planants sont également inclus dans ce forfait découverte et évidemment hérités de Porcupine Tree ainsi que de ses disciples, notamment Riverside. De brèves incursions de chant guttural achèvent le cocktail et divisent logiquement un public paradoxalement peu enclin à de telles audaces.
Ce fameux hyperéclectisme ne saurait être réduit à son effet de poudre aux oreilles car son application adéquate requiert un certain talent de synthèse et d’exécution. Le Religionnaire admire certes la dextérité des instrumentistes mais encore davantage les compositeurs beaucoup plus doués et hardis que la plupart de leurs rivaux nostalgiques. Le caractère insaisissable de certains titres dont l’enchainement des thèmes ne permet pas d’en profiter pleinement demeure un travers fréquent lié à une jeunesse naïve et exaltée. Le Religionnaire ne saurait tolérer la persistance de ce défaut à plus long terme, la résistance à la surenchère étant à ce titre déterminante dans cette branche. Après un début en fanfare, dans les grandes traditions symphonisantes du siècle dernier, le groupe s’égare dans un néoprog quelque peu hasardeux avant de revenir à une prestation ramollie, mielleuse mais presque séduisante, puis se lance dans l’inévitable pièce finale gargantuesque ici satisfaisante. Une fois l’impression de nouveauté estompée, ce disque sonne davantage comme une sorte de medley publicitaire pour le prog nostalgique auquel il ne manque que le slogan idéal : "bienvenue dans le monde du rêve, un monde où la musique n’a pas de frontières, un monde peuplé de musiciens altruistes et audacieux, de mélomanes ouverts et exigeants, de producteurs conciliants et désintéressés, un monde voué à la musique la plus touchante, la plus intelligente, la plus mort-vivante…". Le prog nostalgique : une armée de zombies pour vous servir.
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