 ©Chrysalis
STYLE : Rock Progressif
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Jethro Tull - A Passion Play - 1973
| 1 | A Passion Play, Pt. I : Life Beats/Prelude/The Silver Cord/Re-Assuring Tune/Memory Bank/Best Friends/Critique Oblique/Forest Dance, No. 1
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| 2 | A Passion Play, Pt. II : The Story of the Hare Who Lost His Spectacles [Video]/Forest Dance, No. 2/The Foot of Our Stairs/Overseer Overture/Flight from Lucifer/10.08 to Paddington/Magnus Perdé/Epilogue
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Après les deux albums franchement divins que sont Aqualung (1971) et Thick as a Brick (1972) arrive le moment fatidique du "jamais deux sans trois?". Alors en pleine gloire, nul doute que Ian Anderson et ses acolytes savent qu'il est préférable d'en profiter sans trop s'y installer, et surtout de poursuivre cette lancée artistique exceptionnelle. Le groupe déménage donc en Suisse à Montreux dans l'idée de développer de nouvelles idées pour le successeur de Thick as a Brick que Ian Anderson désire dans un format similaire. Il souhaite toutefois quelque chose de plus sérieux au niveau musical et conceptuel ce qui peut déjà paraître inquiétant…
Hélas cette délocalisation s'avère véritablement foireuse. Pourtant, les sessions d'enregistrement se déroulent au fameux château d'Herouville près de Paris, là où sont passés des artistes comme Cat Stevens ou Elton John avec son Honky Château. Alors que le groupe dispose de quoi remplir au moins trois faces de 33 tours, des problèmes techniques surviennent et une partie du matériel musical est rendue plus ou moins inexploitable. Ceci ajouté à certains problèmes de tolérance alimentaire précipite le retour en catastrophe du groupe en Angleterre.
Il ne reste alors que 17 jours avant le début de la tournée américaine mais Ian Anderson préfère tout de même repartir quasiment de zéro pour cet album qu'il décide de nommer A Passion Play. Tandis que certaines idées musicales sont tout de même conservées ("Prelude", "Critique Oblique"...), les autres ne sont pas pour autant perdues et finiront sur l'album suivant WarChild ainsi que sur divers recueils d'inédits, notamment Nightcap. En surnommant ce château le "Château d'Isaster", Ian Anderson trouve un moyen plutôt comique pour tenter de conjurer le sort n'est-ce pas?
Le matériel musical de A Passion Play est donc un matériel pressé par le temps, et contrarié par les problèmes auxquels doit faire face la bande de Ian Anderson. C'est peut-être ce qui lui vaut cet aspect plus sombre et bien moins réjouissant au premier abord que son prédécesseur. Tout cela aurait tendance à inciter le Religionnaire à une certaine indulgence envers cet album controversé mais à quoi bon? Est-ce vraiment lui rendre service de lui cacher la vérité, c'est à dire sa médiocrité?
Le concept, quelque peu plus obscur cette fois (comme la musique), traite de la vie et de la mort à travers l'histoire d'un homme fraîchement décédé, qui assiste à ses funérailles avant de poursuivre sa route vers le purgatoire, l'enfer puis la réincarnation. Malgré l'apparente clarté théorique, le résultat est franchement confus, hermétique et hautement rébarbatif.
Le début de ce titre gigantesque (encore une fois en deux parties d'une vingtaine de minutes chacune) n'est pourtant pas désagréable. Après une introduction ("Life Beats") anecdotique, expérimentale et non musicale (Thick as a Brick y a pourtant échappé) survient un thème plutôt sympathique ("Prelude") évoquant Thick as a Brick dont les sautillements seraient plus ramollis. Et là, surprise : un saxophone! Mais qui-est-ce? Ian Anderson bien sur! Apparemment doué pour les instruments à vent, il se met donc au saxophone pour A Passion Play mais reste tout de même assez discret et pour cause, son style n'est pas aussi brillant et racé qu'à la flûte (dont les overdubs multiples cachent donc très bien son sax soprano). Le médiéval folk "The Silver Cord", survenant au-delà des trois minutes peut-être considéré comme le thème principal de A Passion Play. On y retrouve une certaine grandiloquence classisante molle et éthérée à la Genesis qui met particulièrement en avant le chant d'Anderson (ici magnifique). Jusque là c'est plutôt réussi, mais nous sommes à peine au quart de l'album…
Le trop court "Re-Assuring Tune" porte bien son nom tant il est presque réconfortant de retrouver ce hard rock au rythme complexe qui évoque directement les deux précédents albums (toujours odieusement mou mais ça passe). Vient ensuite le deuxième véritable titre, après huit minutes : "Memory Bank". C'est là que les ennuis commencent véritablement. La musique s'y éparpille dans une multitude de thèmes insuffisamment accrocheurs pour permettre ce genre d'audace. Là où Thick as a Brick parvient à gérer cette démarche et à tirer dans tous les sens, le résultat est ici confus, monotone rendant l'album déjà soporifique avant la fin du premier quart d'heure. Le court "Best Friends" tente un retour vers un hard rock plus simple, peut-être trop, mais bienvenu et trop court (à peine deux minutes) avant un retour brutal dans l'égarement avec "Critique Oblique". Avec ce dernier, Jethro Tull ravit probablement les rares amateurs de Van Der Graaf Generator tant son hermétisme sonore se rapproche des créations douteuses de Peter Hamill (et le saxophone d'Anderson y est pour beaucoup).
Les deux parties du pseudo-expérimental et inintéressant "Forest Dance" n'ont pour rôle que d'encadrer un interlude théâtral cocasse et pseudo-comique, narré par le claviériste John Evan du nom de "The Story of the Hare Who Lost His Spectacles" (au début de la deuxième face, soit de la deuxième partie). Ce passage est à l'époque accompagné d'une projection vidéo durant les concerts et cette vidéo totalement déjantée est intégrée à l'édition remasterisée de l'album. Si ce passage audio/vidéo possède un intérêt musical proche de zéro, il constitue en revanche une sorte d'entracte salvatrice au milieu d'une œuvre franchement difficile à avaler d'un coup.
La seconde partie de A Passion Play reste d'ailleurs la plus indigeste et commence après ces cinq minutes d'entracte avec "The Foot of Our Stairs" qui débute façon folk lyrique et pompeux avant de s'égarer dans un symphonisme jazzy hard rock et d'essayer encore une fois de renouer avec la fraicheur et la saveur de Thick as a Brick sans le moindre succès. "Overseer Overture" tente de s'en individualiser par son coté plus expérimental mais à ce stade il devient vraiment difficile et douloureux de chercher en quoi diffèrent ces deux passages. On croit ensuite à un sursaut d'inspiration avec le début de "Flight from Lucifer" mais ce n'est encore qu'une odieuse tromperie instrumentale malheureusement pensée dans l'unique but de soutenir les paroles de Ian Anderson avant de se perdre encore on ne sait où (surement nulle part). Ce n'est qu'à la fin ("Magnus Perlé"), après le petit interlude acoustique ("10.08 to Paddington") que l'on retrouve l'énergie explosive de Thick as a Brick (Martin Barre semble brutalement se réveiller d'un coma) et même si ce passage n'est pas franchement ce qu'on peut appeler un passage inspiré, il laisse espérer que Jethro Tull n'a pas l'intention de se laisser mourir (même si "Epilogue" semble s'enfoncer irrémédiablement sans défibrillateur à portée de main).
A Passion Play est donc un mauvais album conçu dans des conditions tout aussi mauvaises (ce qui n'est d'ailleurs pas une excuse valable). Un album où Ian Anderson prend probablement trop en considération son fameux concept au détriment de la musique qui en souffre méchamment. Les quelques bons passages sont là mais peu nombreux et reste vraiment trop difficiles à retrouver avec le découpage de l'album en deux parties. Ces bons moments résident principalement dans les interludes, c'est dire… Ian Anderson n'échappe donc pas à l'égarement comme la majeure partie de ses congénères progressistes de l'époque. Reste à dire que A Passion Play est peut-être le moins pire des égarements, comparé aux Tales from Topographic Oceans de Yes ou à Lizard et Islands de King Crimson…
PS : L'édition remasterisée contient, comme dit précédemment, la vidéo de "The Story of the Hare Who Lost His Spectacles" dont le seul intérêt a déjà été exposé plus haut. Par ailleurs, on nous fournit le programme d'une pièce de théâtre fictive A Passion Play, avec la présentation des acteurs (comme un air de déjà-vu...). Cette édition remasterisée n'a malheureusement pas la bonne idée de découper les deux parties de A Passion Play en plusieurs sous-parties, ce qu'une édition antérieure de l'album a fait. Tant pis, de toute façon personne ne l'écoute plus.
| Avis de la Team | | |  | | DocSavage |  | | Religionnaire |  | | Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 2 message(s) Laisser un message | simon 10/11/2007 avis: |  |
Ce disque ne vaut franchement pas le céleste Thick As A Brick, même si il y a de grands moments, parfois comiques, parfois émouvants, parfois techniques. Un disque bien plus que correct.
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| Lucifer 12/06/2007 avis: |  |
Lorsque l'on ne sait pas apprécier la bonne musique telle que celle contenue dans A Passion Play, on évite de chroniquer et de dire des âneries!
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