Longuement convalescente de la tyrannie soviétique, la magnifique Pologne semble aujourd'hui en voie d'épanouissement. Le visa récemment accordé au préretraité David Gilmour pour son grandiose concert de Gdansk révèle, outre la miséricorde de ce dernier, que ce pays s'autorise désormais sans crainte à séduire l'occident chrétien. Depuis quelques années, le quatuor de Riverside s'impose sans peine comme l'un des principaux ambassadeurs rock de cette délicieuse patrie. Le Religionnaire s'était révélé enthousiasmé par leur premier album en 2004, qui, sans remuer la tombe de Chopin ni bouleverser l'écosystème de la musique cyclique, comblait sans peine le mélomane amateur de vols planés et d'atterrissages appuyés. Les deux efforts ultérieurs ont depuis achevé la fameuse Reality Dream Trilogy de manière fastidieuse et surtout globalement décevante. En se libérant du traquenard que constituait ce triptyque conceptuel nébuleux, Riverside s'est offert la possibilité de prendre une distance salvatrice vis-à-vis de l'espoir et de la pression suscitées par son début flamboyant. Le Religionnaire constate avec un plaisir certain que cette occasion a été saisie de main de maitre puisque Riverside a quitté Varsovie et son producteur pour concevoir un album remarquable.
Les différentes thématiques d'Anno Domini High Definition s'articulent autour du concept de stress, un domaine que le premier des nigauds s'empresserait de condamner pour son apparente banalité, mais que le Religionnaire cautionne pourtant largement. Il s'agit de l'une des préoccupations universelles de l'espèce humaine civilisée, d'un sujet concret, actuel, dont certaines manifestations émotionnelles et comportementales s'adaptent à merveille à une production artistique musicale. Le Religionnaire se doit ainsi de reconnaitre que les fameuses ramifications du stress que sont l'angoisse pesante, l'agressivité, l'isolement et la lutte contre le temps sont ici magistralement traitées, et particulièrement sur le plan instrumental. Plutôt que de tomber dans le piège de la critique de société stérile et distanciée, le groupe accompagne l'auditeur dans sa représentation musicale brute de cette société afin de l'immerger émotionnellement et souligne ainsi à merveille le caractère très primitif du stress.
Musicalement, la démarche de Riverside n'est guère plus innovante qu'auparavant et se calque toujours en grande partie sur le metal atmosphérique sophistiqué de Porcupine Tree. Si le manque d'originalité ou de caractère propre demeure toujours problématique, il n'empêche pas le groupe de mettre en avant ses qualités et d'éviter la plupart des pièges propres à ce style musical. Riverside est ainsi réellement tiré vers le haut par Mariusz Duda qui, outre son rôle de chanteur, mène la danse avec de splendides lignes de basse. Le groove envoutant qui en résulte constitue bien plus qu'une simple ossature puisqu'il permet à Riverside de distancier la plupart de ses concurrents. Anno Domini High Definition est un disque conçu de façon aussi méticuleuse qu'intelligente. Les contrastes y sont savamment dosés et les passages déterminants sont judicieusement répartis pour prévenir tout effet de somnolence atmosphérique. Les cinq titres s'enchainent avec une fluidité impressionnante tout en affichant chacun leur spécificité. Riverside semble enfin avoir trouvé le juste milieu entre la surcharge indigeste et l'errance planante, et s'offre ainsi tel un idéal compromis entre Dream Theater et Porcupine Tree. Les félicitations religionnariennes demeurent toutefois teintées d'une pensée moins reluisante : tant que les polonais ne se démarqueront pas davantage, leur marge de progression restera limitée à celle de leurs concurrents.
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| DocSavage |  |
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