AMERICAN STARS’N BARS, OU L’ENNUI SURPRENANT
Les années 1973-1976 restent les plus prolifiques de la carrière de Neil Young, et sont également marquées par une politique de publication pour le moins hasardeuse. On se souvient des problèmes dont Tonight's the Night ou On the Beach ont fait l’objet. Or, en 1975, le Loner dispose d’assez de chansons pour un nouvel album qu’il pense intituler Homegrown. Cependant, les chansons lui paraissent bien trop personnelles, ce qui le gêne profondément, à un point tel qu’il décide de ne pas publier cet album, éditant Tonight’s The Night à sa place. L’homme reforme ensuite le légendaire Crazy Horse, ce qui donne naissance à Zuma, album en demie-teinte. En 1976, Young retrouve son compagnon de toujours, l’ombrageux virtuose Stephen Stills, pour un disque peu convaincant malgré quelques bonnes chansons, Long May You Run. Le canadien met abruptement fin à l’expérience, se rendant de temps à autre pour enregistrer quelques chansons. American Stars ‘n Bars, paru en mai 1977, apparaît comme la conclusion de cette période particulièrement riche et mouvementée de la vie du Loner. Issu de séances aussi diverses que variées, cet album est un véritable patchwork de chansons très différentes les unes des autres.
Ce disque peut choquer l’amateur de rock moyen, et même le fan de Neil Young : jamais les influences country n’ont été si proéminentes dans la musique du Loner, à tel point que l’auditeur a parfois l’impression d’être en face d’un disque de country pure et dure. La plupart des morceaux sont en effet traversés par la pedal steel guitar de Ben Keith et par le violon de Carole Mayedo, et la voix du canadien est soutenue par les harmonies vocales de Linda Ronstadt et Nicolette Larson, le tout sur les rythmes lancinants propres à la musique du sud des Etats-Unis. Cette constatation surprenante pourrait n’être qu’un détail si la musique était de qualité ; or, c’est loin d’être le cas. Les lignes vocales sont d’une banalité ennuyeuse, tandis que les instrumentations ne font preuve d’aucune originalité. La mollesse des titres est sans remède, et rien ne permet de les sauver du marasme, pas même la voix de Neil Young, si poignante d’habitude. La guitare électrique si reconnaissable du Loner n’arrive pas à surnager au milieu de cet océan de platitude, et même les titres censés être rageurs font preuve d’une terrible médiocrité, comme par exemple "Bite The Bullet". L’habituel titre acoustique ne parvient pas à rehausser le niveau : "Star Of Bethlehem" est sympathique, mais n’apporte rien.
Comme il a été dit ci-dessus, American Stars ‘n Bars est une compilation de morceaux enregistrés sur une longue période. La tonalité de l’album change ainsi brusquement dans sa seconde moitié. "Will To Love" est un long morceau acoustique interprété uniquement par le Loner, surprenant par sa justesse et sa sincérité, réveillant l’espoir chez l’auditeur. Mais rien ne prépare ce dernier à l’arrivée de "Like A Hurricane". Cette chanson, longue de huit minutes, est proprement merveilleuse, d’une beauté au-delà de toute description. A la fois furieuse, tendre et triste, magnifiée par les guitares abrasives de Young et les claviers angéliques de Frank Sampedro, elle constitue le sommet incontestable du disque. Sa sincérité à fleur de peau en fait l’une des plus belles chansons d’amour jamais écrites, voire l’une des plus grandes chansons de l’histoire du rock. Neil Young réitère ainsi l’exploit déjà accompli sur Zuma, c’est-à-dire illuminer un album plutôt décevant grâce à une chanson hors du commun. Le seul intérêt d’American Stars ‘n Bars se limite donc à un seul titre, mais quel titre… La force de "Like A Hurricane" est telle qu’elle justifie à elle seule l’écoute de l’album. Elle reste, encore aujourd’hui, l’un des morceaux favoris du Loner sur scène et est jouée à la fin de chaque concert de Crazy Horse, trente ans après sa parution. Le toujours prolifique Neil Young publiera un an après le sympathique Comes A Time, avant de se lancer dans l’aventure Rust Never Sleeps.
"I am just a dreamer, and you are just a dream..."
| Avis de la Team | | |  | | Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 1 message(s) Laisser un message | tehlt3 03/11/2009 avis: |  |
Un album pas désagréable du tout !
Mais je voudrais surtout ici remercier le chroniqueur pour sa critique dithyrambique sur like a hurricane.. cette chanson qui m'a bouleversée et me bouleversera toujours, et qui est à mon sens bien trop méconnue du public..
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