Lorsqu'il quitte son Algérie natale pour Grenoble, Amazigh Kateb, le fils du célèbre écrivain Kateb Yacine, ressent une frustration. Frustration évident de ne pas retrouver dans son nouveau foyer les éléments de son ancienne vie. Il goûte toutefois un plaisir nouveau à vivre en France. Né donc de sa volonté et de celle d'un groupe d'amis, de réunir dans une musique les différentes influences qui le font vibrer, d'un côté et de l'autre de la Méditerranée : apparaît ainsi Gnawa Diffusion, qui comme le dit son chanteur était « une petite réaction à l'exil, une volonté de me faire ma petite Algérie ».
La musique du groupe rassemble donc en un vaste melting pot les influences multiples qui composent la culture musicale de ses membres. Provenant des quatre coins du globe, celles-ci forment ainsi une sorte de syncrétisme qui aboutit finalement à ce résultat là. Le répertoire est alors logiquement dominé par les sonorités orientales, comme l'indique le nom de la formation, où s'impose la musique Gnaoui, hérité des esclave d'Afrique sub-saharienne des anciens royaumes arabes. Sorte de lointain parent du blues, ce courant fait la part belle aux tonalités lancinantes, proche de la transe dans laquelle entrent d'ailleurs ce qu'on appelle les maâlems (maîtres) gnaoua, soulignant ainsi l'aspect religieux, mystique de cette musique. A celle-ci s'ajoute également d'autres genres du Maghreb, comme le chaâbi ou musique populaire. Le groupe privilégie aussi, comme nous allons le voir, les influences occidentales, allant du punk au reggae, en passant par le rock.
En ouvrant sur "Algeria", puis "Baba El Gnawi" (littéralement « papa le gnaoui »), c'est la nostalgie, la mélancolie qui sont mises à l'honneur. Le son particulièrement typique du guembri (sorte de basse traditionnelle) ainsi que les rythmiques des qraqebs (instrument semblable aux castagnettes) produisent une lente et lancinante montée qui amènent à la transe tant attendue et font entrer de plein pied l'auditeur dans un univers inconnu. Univers riche, comme en témoigne la diversité sonore qui s'exprime sur la seconde chanson, qui en fait une des plus belles de la discographie de la formation et qui m'arrache toujours une larme. Autre tonalité majeure de cette galette : c'est le reggae, parfois ragga, qui délivre cette sensation festive typique au groupe que l'on peut ressentir sur la superbe "Saharagga"-un des moments forts de l'album, ou sur "Grass à l'Herbe", titre pour le moins humoristique mais non dénué d'un message fort. Tout au long d'Algeria, on retrouve une constance en la présence d'un groove imparable qui fait la marque de fabrique de Gnawa Diffusion (je pense notamment ici à la seconde moitié de "H'mar Dem" tout simplement sublime). L'alliage improbables de sonorités africaines et de gimmicks occidentaux arrive à créer avec perfection une musique qui transcende le coeur et le corps, faisant invariablement osciller celui-ci et se trémousser au son des instruments divers.
Parenté oblige, Amazigh ne manque pas de verve et en profite pour donner sa vision du monde, qui à l'entendre n'est pas rose. "Bleu Blanc Gyrophare" ou "Inaal Ding Dingue Dong" lui permettent donc de s'exprimer (dans différentes langues : anglais, arabe ou français) et de critiquer respectivement les actions de la police et la corruption des politiciens algériens. L'un des autres thèmes chers au parolier est l'africanité du Maghreb qu'il défend avec opiniâtreté. Jamais sans intention, les textes de Gnawa Diffusion sont ainsi pour une partie de la jeunesse algérienne (et française) une véritable bouffée d'air pur.
Vous l'aurez compris, je ne saurais que vous recommander avec chaleur ce chef-d'oeuvre qu'est Algeria ! Avec ce second album, le groupe frappe fort et confirme les espoirs placés en lui.
| Avis de la Team | | |  | | val |  |
Les internautes ont la parole! : 1 message(s) Laisser un message | pep 24/07/2009 avis: |  |
Si je ne m'abuse, Algeria est le premier album studio de Gnawa Diff et non le deuxieme qui s'apelle Bab El Oued Kingston... ce dernier est d'ailleurs plus réussi et homogàne que le premier. Sans doute plus difficille d'accàs, car bien plus traditionnel....
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