Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, Alice In Chains est de retour avec un nouvel album, sanctionnant l’une des résurrections les plus improbables de ce début de millénaire. Le retour du mythique quatuor de Seattle semblait pourtant au-delà du champ du possible depuis la sordide disparition de Layne Staley, incarnation du groupe et chanteur sublime. La reformation des trois instrumentistes n’avait guère soulevé les passions, pas plus que l’embauche du chanteur William DuVall. Pourtant, Jerry Cantrell n’attendit que peu de temps avant d’entraîner ses troupes fraîchement réunies entre les murs rassurants du Studio 606 de Los Angeles. Cette nouvelle n’apporta qu’une série de haussements d’épaule de la part de la critique, cette dernière considérant avec mépris toute cette entreprise. Il faut dire que l’idée d’un nouvel album d’Alice In Chains, quatorze ans après son précédent disque et sept ans après la mort de son chanteur, paraissait éminemment grotesque, voire risible. Mais fin juin 2009, un coup de tonnerre vint ébranler la certitude bien établie du public : le premier single, "Looking In View". A l’écoute de ce titre, d’aucuns commencèrent à réviser leur opinion. Ceux-ci furent suivis de beaucoup d’autres à la mi-août lorsque parut "Check My Brain", second morceau annonciateur. Devant le joli succès remporté par ce dernier, les critiques commencèrent à changer d’avis. Jusqu’au vingt-huit septembre deux mil neuf, date de la sortie officielle de Black Gives Way to Blue.
Les premiers riffs de "All Secrets Known" ne laissent aucun doute : la nouvelle incarnation d’Alice In Chains ne diffère guère de celle de l’album éponyme, comme si ces quatorze années n’avaient été qu’une ellipse négligeable. Cette batterie pleine et pesante, ces guitares grasses et déchirantes, ces riffs plaintifs et pâteux, tout ici est semblable au style intemporel, tragique, foudroyant popularisé il y a si longtemps par Jerry Cantrell et ses acolytes. Pourtant, une ombre, une absence, traverse l’ensemble de l’œuvre, la nimbant d’une aura affreusement funèbre. Le groupe a manifestement compris que l’absence de Staley ne pourrait jamais être comblée. William DuVall, son successeur, manque de charisme mais ne démérite pas. Sa présence permet à Jerry Cantrell, incontestable maître d’œuvre, de donner la pleine mesure de son inspiration. Le guitariste multiplie ses interventions, aussi sombres que pertinentes, démontrant que les années n’ont pas altéré son talent de compositeur. Ses riffs renvoient aux grands noms du hard rock et du heavy metal tout en conservant une personnalité impérieuse, une originalité, une idiosyncrasie qui reste isolée dans le monde du rock contemporain. Alors que le grunge a depuis longtemps disparu de la scène musicale, Alice In Chains persiste dans une vision surannée et pénétrante.
Cantrell a choisi de conserver ce qui fit la principale singularité du quatuor, aux temps anciens de Dirt et Facelift : les harmonies vocales. Même si la voix de DuVall ne possède pas le charisme poignant de celle de son prédécesseur, elle se fond admirablement bien avec celle de Cantrell. Ce duo vocal très complémentaire illumine l’intégralité de l’album, jusqu’à graver de véritables morceaux de bravoure, comme par exemple sur "A Looking in View", single désespéré, ou "Private Hell", funeste ballade. L’autre particularité d’Alice in Chains est évidemment présente : plusieurs morceaux acoustiques parsèment le disque, aérant l’œuvre avec bonheur tout en conservant cet inimitable parfum de désespoir intime. L’album bénéficie grandement de la présence de "Check My Brain", digne successeur des "Grind" et autres "Man in the Box", grâce à un refrain d’une puissance hors du commun, magnifié par les voix de Jerry Cantrell et de William DuVall, superbes de solidarité. Il est probable qu’Alice In Chains n’arrivera jamais à se débarrasser de l’ombre de Layne Staley, mais le quatuor vient ici de clore le bec à tous ceux qui l’accusaient d’opportunisme : Black Gives Way to Blue est l’une des surprises les plus ahurissantes de cette fin d’année. En livrant un album aussi sincère qu’excellent, Alice In Chains a prouvé que le grunge, malgré tout ce que l’on a pu dire, malgré tout ce qui est arrivé, n’est pas mort.
| Avis de la Team | | |  | | DocSavage |  | | Religionnaire |  | | Roquentin |  | | Ulyssangus |  |
Les internautes ont la parole! : 3 message(s) Laisser un message | Terry 30/11/2009 avis: |  |
Quasiment aussi bon que l'éponyme de 1995, meilleur que "Dirt" et les autres albums de AIC (excepté celui de 1995, donc)... un disque miraculeux !
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| D.ASH 06/10/2009 avis: |  |
Plutôt en accord avec cette critique je souhaite cependant préciser que le manque de charisme supposé de Mr Duvall est un mythe a mes oreilles. J'ai été parfaitement comblé que AIC puisse trouver un chanteur de cette qualité pour succéder au poid lourd de la voix qu'etait feu Lane Staley!
Quoiqu'il en sois Black gives way to blue est mon album préféré de cette rentré 2009
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| One of the Shootër 04/10/2009 avis: |  |
Très bonne critique ! j'avoue que je suis dubitatif à l'idée de la reformation d'Alice in Chains, mais au moins ça m'a donné envie d'écouter ce que donne cet album et être totalement objectif sur son écoute !
Merci m'sieur Ulyssangus !
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