2007 AIR … TROUBLANT…
Comme chaque nouveau matin ne s’accorde pas toujours avec l’idée qu’on se fait du matin, certaines ruptures prennent parfois le jour d’une émancipation, d’un affranchissement. Ainsi, en sautant le pas, en choisissant plutôt le mélange des teintes, plutôt que le confort d’un succès non démenti depuis quelques années avec The Gathering, Anneke van Giersbergen choisit de s’inscrire dans l’exercice individuel. Libérée de la matrice originelle, mais néanmoins très bien accompagnée, c’est avec une chanteuse criante de sensibilité, subtilement éclairée par un tissu d’atmosphères choisies, que ce premier épisode intime jette les bases d’une relation fondée sur le trouble que génère la tristesse et l’espoir, dès lors qu’on les confrontent.
Sans totalement se détacher de son ancien univers, Anneke nous propose une plongée en nous-mêmes. Plus précisément, un regard décalé sur les apparences qui codifient notre quotidien. Usant pour cela de l’impact sur notre inconscient de l’archétype de l’hôtesse de l’air - personnage à la fois lisse et laissant portes ouvertes à tous les fantasmes - jusqu’à s’y mettre en scène elle-même, l’artiste s’interroge sur les multiples facettes qui habillent le genre humain. Appuyée dans son effort par un jeu de climats dont elle semble avoir ciselé chaque ligne musicale, chaque terme avec précision, si l’enveloppe est d’une rare beauté, il n’en demeure pas moins que c’est avant tout par sa voix, cette voix imprégnée de spleen, que cette sombre traversée devient notre exigence.
Eloignée de Home, mais d’une certaine manière en connivence avec un monde dont elle n’a nul besoin de se démarquer, Anneke franchit en quelques titres la barrière de l’émotion qui la sépare de la grâce. En apposant sur chaque morceau une signature toute personnelle, mêlant désespoir et arpèges, piano à trompette ou basse omniprésente avec délicatesse, la compositrice ne se refuse aucune conquête et réussit à faire baisser la garde à nos certitudes passées. Que ce soit sur l’inévitable Day After Yesterday, comme sur l’exquise Beautiful One, on remarquera également l’importance du silence, de cette nudité crue qui, au détour de l’émotion palpable de ce disque, s’agrippe au moindre de nos abandons.
Souvent, en amour, certains regards ressemblent à une éternité dont on ne se lasse pas. C’est un peu le sentiment qui domine, lorsque cet album s’empare de nous. Parcouru de sentiments contraires, d’un instinct mélodique à toute épreuve, Air est un modèle d’incitation à la mélancolie.
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