Après l’exceptionnel Mellon Collie And The Infinite Sadness, les Smashing Pumpkinsavait un énorme défi à relever : celui de faire aussi bien si ce n’est mieux que leur chef d’œuvre. Il n’est pas évident de donner un successeur à un tel album, l’attente des fans étant forte. De plus tout ne va pas pour le mieux au sein du groupe (l’ambiance très tendue est de notoriété publique) et l’excellent batteur Jimmy Chamberlain est remercié pour cause d’abus de substances illicites, et oui ça se passe comme ça avec Monsieur Corgan. Le pari était donc loin d’être gagné d’avance.
Amputé d’un des piliers du groupe, le groupe partait avec un handicap. Mais le leader des citrouilles n’est pas homme à se laisser abattre et il décide donc, au lieu de trouver un remplaçant, d’utiliser des machines pour combler le poste libre (pour info en live on peut compter 3 batteurs ceci venant du fait que Billy ne trouvait pas son bonheur avec un seul). Ayant ainsi un contrôle accru sur la composition, le grand chauve nous livre ici son album le plus personnel.
A la première écoute, ce qui marque le plus est la quasi absence des grosses guitares abrasives sur lequel le groupe a construit son mur de son. C’est donc allégé du gros son de MCATIS que nous revient le groupe. Plus axé sur des ambiances lancinantes et sombres, cet Adore dévoile un côté encore inexploré du groupe. Cette métamorphose, car c’est bien cela dont il s’agit, est loin d’être désagréable car l’ensemble bénéficie d’une cohérence et affiche une maturité dans la composition. L’utilisation plus intensive des guitares acoustiques appuyées par un son flirtant parfois avec l’électro apporte un aspect épuré qui laisse tout le loisir au chanteur de laisser vagabonder son chant dans différent domaine. Il s’en sort d’ailleurs avec les honneurs en offrant un chant tout en nuance. Plus suave et posée que par le passé, sa voix s’adapte à tout les contextes : douce et retenue sur les ballades (To Sheila), puissante lors d’un retour au rock (Ava Adore) ou encore poignante sur des morceaux hautement chargés émotionnellement (Tear, Crestfallen) en tout cas extrêmement expressive.
Si la hargne des débuts disparaît c’est pour mieux laisser libre cour à l’effervescence d’émotion que l’artiste veux faire transparaître dans sa musique. Et il choisit pour ce faire de laisser son inspiration le guider sans y mettre de frein. Cet album est celui de la maturité qui laisse derrière lui la verve incendiaire des débuts pour adopter un ton plus intimiste mais parfaitement juste. Corgan se livre dans cet album et dévoile une facette assez méconnue de sa personnalité, il ne cherche plus à se cacher derrière un mur de guitares distordues. Tout au long de l’album le mystérieux leader semble vouloir laisser entrevoir ce qui se cache derrière les apparences.
Si on peut être dérouté de la teneur de l’album, le combo garde tout son talent de conteur et nous entraîne une fois de plus dans son univers et nous fait nous y sentir comme chez nous. Il nous prouve que lorsque l’on enlève le mur de son il reste un groupe de talent qui sait créer de bonnes chansons. Cela se vérifie d’ailleurs sur toute la durée de l’album qui recèle de vraies pépites.
Si MCATIS est et restera assurément la plus belle réussite du groupe, Adore sera le plus personnel et le plus risqué de la discographie Pumpkienne.
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