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©Fat Possum Records

STYLE : Blues

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The Black Keys - Thickfreakness - 2003

1Thickfreakness
2Hard Row
3Set You Free
4Midnight in Her Eyes
5Have Love Will Travel
6Hurt Like Mine
7Everywhere I Go
8No Trust
9If You See Me
10Hold Me in Your Arms
11I Cry Alone

      Iro22


07/01/2010    

Le Blues est mort. Il a poussé son dernier cri de rage et de tristesse il y a bien longtemps, emporté dans la tombe creusée un peu plus profond chaque fois, avec chacun de ses pionniers, les 12 apôtres du maître Robert Johnson. Le diable a bien vite repris les âmes qui étaient venues se damner au Crossroads. Le Punk et le Heavy Metal ont fini par enlever les derniers restes de blues dans les musiques blanches et la blue note est devenue persona-non-grata pendant des années. Depuis plus rien… Ou plus exactement pas grand-chose… Oh, il y a bien une cohorte de gros bluesmen, prêts à taquiner Lucille devant des auditoriums pleins de vieux riches. Il y a aussi les artistes maudits au talent insondable, venant raconter la musique des champs de coton dans des rades, devant des amateurs de boisson distraits par le houblon ou le malt de leur breuvage… Mais où sont le danger, la rage, la tristesse du blues ? Où sont les Mojos, les grigris, les Os de chats noirs, les circuits de Juke Joint ? Le croisement des highways 49 et 61 est désert. Clarksdale se vide, le diable s’ennuie, il ne veut pas de l’âme des gothiques lui suppliant quelques apparitions. Il veut du danger. Du vrai.
L’histoire ne dit pas si les deux blancs-becs de l’Ohio que sont Dan Auerbach et Patrick Carney sont passés par le Crossroads ni s’ils ont vu le diable un soir où ils se sont couchés sous la brise… Mais le blues, pas de doute, ils l’ont dans leurs veines. Il coule, il suinte, il poisse en eux, comme cette gomina exceptionnellement épaisse qui donne de l’allure, même sous un soleil de plomb. Thickfreakness, le bien nommé, second opus du duo.

Une guitare rêche, au son brut, graisseux, comme un fond de pot de gomina et une voix tremblante, une voix qui a le blues. Une voix noire, celle du guitariste Dan Auerbach. Derrière, assurant un jeu binaire de plomb, une frappe décharnée, lourde, celle de Patrick Carney. Les cymbales claquent, volent, s’éparpillent en tout sens. Un alliage, un metal, de la fonte. Pas de basse, la musique ne s’y prête pas. Elle mettrait des rondeurs dans le groove bucolique du duo. Et Auerbach s’occupe avec aise des basses fréquences.
Dès le premier titre, « Thickfreakness » on entend le jeune guitariste racler un rythme blues tout en asticotant quelques aigus. Comme Robert Johnson, comme Jimi Hendrix avant lui. Comme ces bluesmen noirs qui ne jouaient pas à deux guitares, astuce de vaurien démocratisée par les anglais – les Stones les premiers – des années plus tard. Non, un seul homme pour de multiples émotions. Une extase. Et l’album donne ces frissons que l’on pensait éteints depuis que Pro-Tools a fleuri dans tous les studios. L’histoire est connue, les médias l’ont assez répété : Thickfreakness a été enregistré entre la machine à laver et l’évier. En tout cas il sature, il montre ses limites et l’assume, ce qui fait toute sa force. Ce Blues là est drôlement puissant, ancestral dans sa démarche, mais dangereux dans le son. « Set You Free » a de quoi déchirer les tympans de celui qui ne prend pas garde et « Hard Row » sonne presque comme un titre de stoner, c’est dire.
Les Black Keys rendent hommage à deux bluesman via ce disque : Richard Berry dont le « Midnight In Her Eyes » sonne comme un vieux vinyle de Blue Cheer passé sur un vieux phonogramme et Junior Kimbrough via « Everywhere I Go » (le monsieur, influence principale du groupe aura même droit à un album hommage, Chulahoma en 2004). Deux entités desquelles ils se sentent proches, malgré la distance, géographique et temporelle, malgré la couleur de peau. The Black Keys jouent avec l’esprit originel. Simple, brut, dangereux, désinvolte. Sans plan de carrière ni logique mercantile. Signé sur Fat Possum Records, label du Mississipi (On y est… La boucle est bouclée) Thickfreakness fera grand bruit dans le monde de la musique asservissant à sa cause les amateurs coincés de rock gentillet comme les plus durs fan de musiques lourdes. PLus rien ne peut alors arreter le groupe, en passe de devenir l’une des formations majeures de cette dernière décennie.

Oubliez tous ceux qui sont venus se présenter avec une Epiphone ou une Stratocaster, une section cuivre ou un piano. Qu’ils soient noirs ou blancs… Si Robert Johnson revenait d’entre les morts, réanimé par son « Black Cat’s Bone », s’il devait retourner en studio et graver une nouvelle plaque, il ne fait aucun doute qu’il se munirait d’une guitare électrique, d’un batteur et qu’il en ressortirait avec Thickfreakness sous le bras.

Note à nos amis journalistes, webzineux, blogueurs et tout ceux qui d’une manière générale écrivent sur la musique : Vous avez sous les yeux la preuve qu’il est possible de parler des Black Keys sans citer les White Stripes


Avis de la Team
Iro22
Roquentin

Les internautes ont la parole! : 1 message(s)    Laisser un message

Raf  12/01/2010    avis

Dommage, t'avais presque réussi ton pari de ne pas parler de...
Un groupe génial, la voix de Dan est envoûtante !



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