Obituary est un groupe dont le death-metal a toujours fait figure sur la scène floridienne, américaine, et même internationale. Death, malgré tous les efforts de Chuck Schuldiner, n’a jamais atteint le statut tant convoité d’inclassable qu’Obituary a gagné dès son premier album, Slowly We Rot. Seul Carcass (qui alla jusqu’à faire du rock sur Swansong) a réussi à faire aussi unique.
Tandis que ses contemporains privilégiaient les tempos effrénés, les solos criards et le chant guttural, Obituary a toujours pris le chemin en contresens, produisant ainsi une musique qui, si n’importe qui pouvait la rattacher immédiatement au mouvement death-metal, ne possédait que peu de point communs avec les autres groupes de la scène. Donald Tardy n’était pas un partisan du blast-beat à temps complet et leur préférait des rythmes inventifs et dynamiques ; les solos, bien que rapides et sauvages, conservaient une certaine mélodicité ; les tempos étaient parfois (glps) lents et, comble de l’horreur, on retrouvait dans la musique d’Obituary des influences hardcore, notamment dans le groove dégagé par les chansons et dans certains riffs. Pourtant les Obies ont toujours réussi à conserver une tension permanente dans leur musique, véritable lame posée sur la jugulaire du malheureux auditeur. Cet élément ainsi que la voix de John Tardy qui, si elle ést complètement unique, ést bel et bien death, suffisaient à faire d’Obituary un pur groupe de ‘metal de la mort’.
Le groove, la tension, les solos excitants à souhait, les rythmiques bétonnées, les tempos remuants et la voix phénoménale de John… Tous ces éléments qui ont fait depuis vingt ans la force (et quelle force !) d’Obituary, vous les retrouverez dans Dead, desservis par un son étonnement clair et puissant qui jure quand même sacrément avec la pochette très ‘bootleg’.
Le seul live d’Obituary à ce jour vaut pour le néophyte n’importe quelle compil’ inutile, et pour le vétéran, c’est un parfait moyen de se (re)plonger dans l’atmosphère écrasante des concerts du groupes. Les headbangers, les coreux, les mosheurs… On peut presque les voir devenir complètement dingues en écoutant Dead. Car Obituary c’est aussi cette sorte d’universalité dans le monde de la musique brutale. Personne ne sait écrire un ‘hit’ death-metal comme Obituary, à part peut être Deicide (et encore, pas tout le temps) et Pestilence. Si la musique d’Obituary reste heavy et rentre-dedans, il y à un groove, une puissance, une efficacité, une vague d’énergie telle que toute personne peut en être touchée. Franchement, maintenant que le groupe s’est reformé et qu’il tourne partout autour du monde, ravageant chaque scène comme un bulldozer, qui a besoin de Slipknot ? Fini les intérimaires inutiles, faites place pour le retour des maîtres !
Dead est à l’image même de ce qu’Obituary cherché à faire passer pendant toutes ses années de service : un témoignage vivant de l’ampleur que prennent les hymnes du groupe sur scène. De là à dire qu’il s’agit de leur œuvre la plus indispensable, il n’y a qu’un pas. « Download », « Turned Inside Out », « By The Light », « Dying », « Cause Of Death », « Slowly We Rot », « Rewind »… Un véritable festival de riffs broyeurs et de tempos remuants. Mais c’est bien là que se situe le problème de Dead ; si l’efficacité des titres sus cités n’est plus à prouver, si chaque membre du groupe assure comme un monstre, si la musique est rendue vivante par son interprétation sur planches, il manque à ce live l’étincelle de folie qui fait les grands enregistrements en public. Pas d’impro, peu d’espace laissé à la foule pour s’exprimer, des titres qui s’enchaînent trop vite avec peu de temps morts… L’attitude du groupe dédaignant la communication par la parole (et lui préférant d’autres moyens plus discrets), si elle passe bien lorsque l’on est dans la fosse, devient un élément décevant sur Cd. Et puis que dire de ce « Chopped In Half » mutilé, réduit à 46 misérables secondes, sinon que c’est un traitement intolérable pour un bombe pareille. Dernier défaut mineur, la mauvaise répartition des chansons qui place la plupart des meilleurs titres en début d’album (sur le premier des deux concerts enregistrés), donnant ainsi moins de relief à la seconde partie.
Quoi qu’il en soit, Dead reste et restera un live énorme, anthologie parfaite des dix premières années de carrière de ce qui est l’un des groupes pionniers du death.
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