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STYLE : Prog/Dance/Pop Rock

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Yes - 90125 - 1983

1Owner of a Lonely Heart
2Hold On
3It Can Happen
4Changes
5Cinema
6Leave It
7Our Song
8City of Love
9Hearts

      Religionnaire


27/01/2008    

"It was more than a Yes reunion. It was Yes reimaginated". Tout un programme effectivement, mais parler de réunion n'est pas une erreur. Petit rappel du contexte : après l'aventure Drama (1980) qui a lieu sans Wakeman et Anderson, la nouvelle formation de Yes ne tient pas le coup. Steve Howe et Geoff Downes partent pour fonder Asia et Trevor Horn se tourne quant à lui vers le business et la production. Ainsi Squire et White se retrouvent un peu seuls, ce qui ne les empêche pas de sortir un single plutôt efficace : "Run with the Fox" dont les textes écrits par Peter Sinfield sont chantés par Squire. Bien conscient qu'un groupe ne peut se limiter à une section rythmique, les deux tentent de fonder une nouvelle formation : XYZ, avec le guitariste Jimmy Page. Ce projet ne donne malheureusement rien et Jimmy Page ira former un autre super-groupe : The Firm avec Paul Rodgers.

C'est là qu'intervient le fameux sud-africain Trevor Rabin, qui bénéficie déjà d'une popularité impressionnante dans son pays. Suite à la dislocation de son groupe Rabbit, il s'exile en Angleterre et sort quelques albums solo avant de partir cette fois à L.A. pour goûter un peu à l'Amérique. Chris Squire fort intéressé après l'écoute de quelques unes de ses démos (chez Atlantic Records), notamment "Owner of a Lonely Heart", le contacte. Les deux hommes se mettent rapidement d'accord et fondent un nouveau groupe qu'ils nomment Cinema. Le statut de chanteur et multi-instrumentiste de Rabin n'empêche pas Squire de rameuter Tony Kaye qui n'est autre que le premier claviériste de Yes, remplacé par Wakeman après The Yes Album (1971). Ce dernier n'a pas chômé depuis : deux albums avec son groupe Badger, quelques sessions pour le groupe Flash, pour Allen Toussiant, d'autres pour la réunion de Badfinger et enfin une participation à la tournée Station to Station de David Bowie. La réticence de Trevor Rabin à s'affirmer comme "frontman" incite Chris Squire à rendre visite à Jon Anderson pour lui jouer quelques projets musicaux du fameux Cinema. Ce dernier, séduit, accepte et porte à quatre ne nombre d'anciens Yesmen au sein du groupe Cinema, logiquement renommé Yes!

Il est vrai que malgré ces 80 % de Yes, l'évolution musicale est ici troublante (Trevor Rabin vaut à l'évidence bien plus que 20 %), et ce même si la transition est visible et progressive depuis Going for the One (1977). Sorti par un grand groupe des 70's, 90125 (nommé ainsi en raison de la numérotation de l'album dans le catalogue d'Atlantic Records) symbolise à la perfection la musique des années 80, que ce soit dans sa simplicité, son immédiateté, son aspect artificiel et synthétique ou son caractère "hyper-produit". Le producteur n'est d'ailleurs ni plus ni moins que Trevor Horn, l'autre Trevor qui jouait encore sur Drama trois ans auparavant et désormais businessman producteur à succès. Finit par ailleurs le logo et les paysages de Roger Dean et place à au graphisme froid metallico-futuriste en vogue à cette nouvelle époque.

Coté musical, il suffit de comparer 90125 aux Tales from Topographic Oceans (1974) pour constater que l'on a à faire ici à une des évolutions les plus spectaculaires d'un groupe de rock. Non seulement Yes saute à pieds-joints dans la dance music, mais s'y adapte à merveille si l'on en croit le succès massif de l'album. "Owner of a Lonely Heart" est tout simplement le premier no1 du groupe en quinze ans d'existence. Même le plus extrémiste des amateurs de prog ne peut nier l'efficacité de ce single que tout le monde connaît (sans savoir forcément de qui c'est…) et d'ailleurs basé sur un riff authentiquement rock! Les artifices 80's sont là : réverbération metallique, nappes de synthés, accent porté sur la simplicité du rythme et la mélodie vocale, mais il n'empêche que ce titre groove et même décoiffe!

Malheureusement tout ceci ne peut éviter certains désagréments inhérents à ce type de musique "jetable". La durée de vie de l'album est en effet franchement limitée, et même si certains titres sont franchement valeureux, 90125 fait à l'évidence parti des "one song album" dont la pullulation ne fera qu'augmenter dans le monde musical. Sans pouvoir rivaliser avec le premier, "Leave It" fait toutefois très bonne figure avec ses harmonies vocales éjaculatoires et son riff d'une efficacité indéniable, et ce malgré une lassitude inévitable. "It Can Happen" est déjà un cran en dessous avec ses airs néo-psychédéliques (le sitar bien-sur) et son refrain envahissant (dans tous les sens du terme) : "It can happen to you/It can happen to me/It can happen to everybody eventually". Ces deux derniers titres bénéficient d'ailleurs eux aussi d'un succès conséquent comme single et sur MTV…

Aucun titre n'est réellement mauvais mais le Religionnaire résiste difficilement au zapping frénétique dès que les deux premières minutes sont passés, ayant ainsi déjà dévoilé l'intégralité constitutive d'un morceau et le peu de mystère qui va avec. C'est notamment le cas pour "Our Song", titre fort sympathique et efficace, mais dont l'accroche ne tient pas aussi longtemps que sa durée. Nous avons par ailleurs d'autres titres entraînants mais beaucoup plus banals, comme "Hold On" qui ne peut qu'évoquer la platitude pop-metal contemporaine, et d'autres plutôt originaux mais trop peu accrocheurs, comme le très King Crimsonien "City of Love". Ce dernier lance quelques effluves asiatiques au niveau des sonorités percussives, tout comme le suivant, "Hearts", également trop mou pour séduire. Réussir à supporter la longue introduction vocale ne se solde pas par une récompense au niveau du corps du morceau que le Religionnaire situerait entre le slow pop-metal et le Pink Floyd post-Waters. "Changes" est en revanche une bonne surprise car semble tenter un détachement du pop-metal pour aller chercher davantage de richesse et de sophistication (tout est relatif), notamment vers la musique de Rush des années 80's. Enfin, le titre "Cinema" est visiblement enregistré en live et récompensé par un Grammy pour la meilleure performance de rock instrumental. Mouais, rien d'exceptionnel, notamment par rapport encore une fois à ce que fait Rush à la même époque. De plus ce titre fait vraiment figure de tache au milieu de la dance-pop-metal hyperproduite…

90125 est donc une véritable métamorphose, une reconversion magnifiquement réussie qui s'inscrit dans tout ce que les années 80 ont produit de plus groovy et accrocheur, mais aussi de plus inauthentique, lassant et jetable. En attendant, pas de quoi crier au scandale, au contraire…

PS : parmi les titres bonus, on note la présence de la version single de "Leave It", dont le seul intérêt aurait pu être un raccourcissement (ici absent), de deux inédits assez moyens de Trevor Rabin : "Make It Easy" et "It's Over", d'une version précoce assez intéressante et moins artificielle de "It Can Happen", du temps ou le groupe s'appelait encore Cinema (ces quatre versions sont enregistrées en 1981). Sinon, la version remixée de "Owner of a Lonely Heart" et la version "a capella" de "Leave It" interpellent et amusent, mais seulement pendant quelques secondes…


Avis de la Team
DocSavage
Religionnaire

Les internautes ont la parole! : 2 message(s)    Laisser un message

no quarter  02/08/2010    avis

Des titres rances et vulgaires (sonorités vilaines), mais en même temps accrocheurs tels que "Hold On", "Leave It" et j'en passe. Je retiens surtout "Owner Of A Lonely Heart" et "Cinema". Bien sûr, on a du mauvais ("It Can Happen", "Hearts", "City of Love".)
Cet album formaté représente le plus grand succès du groupe, mais on est loin de la période du grand Yes (de "The Yes Album" à -disons- "Drama").
Pas loin d'un "à la rigueur".


zvlörg  30/03/2010    avis

Comme l'indique l'absence de commentaires, cet album a beau avoir cartonné en 83, il a sombré dans l'oubli. Il n'est pourtant pas mauvais, et même si on est allergique à la pop 80s, comment résister à l'efficacité d'un Owner Of A Lonely Heart, qui s'impose comme le point fort de l'album. Ailleurs, malgré une durée de vie limitée, on trouve son bonheur, surtout dans Leave It, plus new wave que pop et c'est ce qui plait. Jusqu'ici on croirait que je reformule sans vergogne la chronique de Religionnaire, en fait on a à peu près le même avis sauf que je préfère de très loin Hold On à l'infâme It Can Happen et son refrain rabaché en plus d'être atrocement banal. Ailleurs encore, j'ai été agréablement surpris par le riff thin lizzien de Our Song, même si l'overdose de synthés mièvres finit par avoir raison de ses attraits. J'ajouterais que si Religionnaire pense (à juste titre en fait) que les restes progressifs font tache ici, je trouve que ce sont des moments bienvenus, à commencer par la fabuleuse instrumentale Cinema ou le titre Hearts dont le refrain épique en choeurs est un clin d'oeil ostensible à la période 71-72, sans l'atteindre bien sur mais ça fait du bien. En conclusion, cet album est très séduisant mais survit difficilement plus d'une semaine dans la platine, remarquons que 10 auparavant (c'est à dire en 73 et nous savons tous quel album est sorti cette année là), jamais on n'aurait cru qu'un jour on reprocherait à un album de Yes d'être trop simple, trop concis, trop grand public, à croire que comme ils le disent eux-mêmes dans Leave It, les membres de Yes n'ont aucun sens de la mesure ("I can feel no sense of measure")



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